lundi 24 août 2015

Rue des Boutiques Obscures - Patrick Modiano

Je ne suis rien. Rien qu'une silhouette claire, ce soir-là, à la terrasse d'un café. [P. M.]
Guy Roland est employé dans l'agence de détectives du baron balte Constantin Von Hutte qui en est à sa retraite. Guy Roland, c'est le nom que lui a donné Von Hutte car celui-là, amnésique, n'a plus d'histoire. Avant de se rendre au 2, rue des Boutiques Obscures à Rome, Guy Roland a parcouru de multiples pistes de son passé. Il a tenté de reconstruire son existence, de se remodeler une identité, de revoir des lieux et des êtres, de s'imaginer dans la peau de Freddie, de Pedro, ou serait-ce Jimmy? Cette quête de soi n'est pas sans rappeler l'entreprise de Gaspard Winckler dans la reconstruction de puzzles pour Percival Bartlebooth dans La vie, mode d'emploi. Rue des Boutiques Obscures n'est peut-être pas construit aussi systématiquement sur une contrainte oulipienne, mais on y verra défiler, comme dans La Vie, mode d'emploi,une kyrielle de personnages du présent comme de l'autrefois. Modiano avait, comme Perec, l'appui de Queneau et enfin, Rue des Boutiques Obscures a été couronné du Goncourt en 1978 devant La Vie, mode d'emploi qui était alors de la sélection. Toutes ces intersections n'ont sûrement pas nui à la joie que j'ai éprouvée à la lecture de cette poursuite de soi.

jeudi 20 août 2015

L'Art presque perdu de ne rien faire - Dany Laferrière

On suppose que vous vous trouvez à ce moment-là quelque part au sud de la vie. [D. L.]

Dans L'art presque perdu de ne rien faire, Dany Laferrière, de sa baignoire ou de son hamac, mordant dans une mangue, jette son regard acéré sur le monde, sur la société, sur la vie, sur les êtres qui s'animent autour de lui. Dany Laferrière se livre dans ce qu'il appelle une autobiographie de ses idées. Il met à nu ses réflexions et ses sensibilités tel Montaigne dans ses Essais. Il le fait dans un format de chroniques libres où il n'hésite pas à faire référence à ses lectures, à ses auteurs favoris, à sa bibliothèque. Il nous dit d'ailleurs que « Pour bien comprendre quelqu'un, c'est mieux de lire, par-dessus son épaule, les livres qu'il lit. On ne connaîtra pas un écrivain tant qu'on n'aura pas accès à sa bibliothèque, sa vraie patrie. » On obtient ainsi un livre-fleur auquel on vient butiner jour après jour des idées, des angles de vues, des regards, des pensées existentielles, des éléments de vie, et cela parfois dans un mode poétique assumé. On y goûte, puis on y revient.

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Sur Rives et dérives, on trouve aussi :

Laferrière
Dany
J’écris comme je vis, entretien avec Bernard Magnier 
Laferrière
Dany
Journal d’un écrivain en pyjama 
Laferrière
Dany
L’énigme du retour 

lundi 10 août 2015

Le chien qui louche - Étienne Davodeau


- Salut, ma belle, tu es arrivée à la gare? [E.D.]

Une magnifique BD où le Louvre n'est pas un simple décor, il est au cœur de l'aventure. Il en est l'ultime but, le Graal.

Étienne Davodeau, qui ne me déçoit jamais, met ici en scène et en noir et blanc Fabien, un agent d'accueil et de surveillance du Musée du Louvre. Fabien, sur qui le quotidien semble peser, fait passer le temps en pariant avec ses collègues sur le délai avant qu'une question concernant la Joconde ne soit posée par l'un ou l'autre des visiteurs. Une première visite chez sa potentielle belle-famille lui amène un défi de taille, faire que Le chien qui louche, un obscur tableau laissé par l’aïeul Gustave quelque peu «artiste-peintre», soit intégré à la collection du Musée du Louvre.

Davodeau, comme à son habitude, décrit et fait vivre l'ordinaire de ses personnages, ordinaire qui sera ici bouleversé. Cela se fait en contrepoint d'une description graphique particulièrement réussie de plusieurs œuvres et de plusieurs salles du musée, lieu de travail de Fabien. On comprendra aussi pourquoi les Éditions du Louvre ont collaboré à la publication de cette bande dessinée.


Étienne Davodeau est aussi l'auteur, notamment, de Chute de vélo, Lulu, femme nue, et Les ignorants.

Davodeau
Étienne
Chute de vélo 
Davodeau
Étienne
Les ignorants, récit d’une initiation croisée 


lundi 3 août 2015

L'enfance de l'art - Jérome Minière


Mon nom est Benoît Jacquemin. J'ai quarante ans, mitan d'une vie ordinaire qui, selon toute vraisemblance, ne devrait pas constituer une matière bien intéressante pour un livre. [J.M.]

C'est un fil fantastique qui crée la trame sur laquelle sont tissées les nouvelles citées en abyme dans ce roman où Benoît Jacquemin, simple employé d'une banque de la rue Saint-Hubert, s'essaie à l'écriture. Mais, ces nouvelles sont-elles de lui, du mystérieux BJ ou est-ce Réjean Ducharme qui se cherche un nom de plume? Jacquemin les a écrites ou n'est-il pas en train de les lire? Le monde des pigeons voyageurs et du Duke of North East St-Hubert existe-t-il vraiment ou n'est-ce qu'un univers créé dans la tête de Jacquemin pour se donner le matériel et l'allant pour tenir la plume?

Minière réussit à maintenir notre intérêt et à titiller notre désir d'en connaître plus sur l'univers parallèle de la Plaza St-Hubert et l'imaginaire littéraire de Jacquemin.