lundi 31 octobre 2016

C'était demain - Edward Bellamy

 [Archives Juillet 2007]
J'ai vu le jour dans la ville de Boston, en l'année 1857. «1857, dites-vous? C'est une erreur; il veut sans doute dire 1957.» [E.B.]
Voilà un livre que j'avais offert à mon fils après en avoir entendu une présentation par Normand Baillargeon, l'édition est d'ailleurs présentée et annotée par Normand Baillargeon et Chantal Santerre. C'est une science-fiction sociale et politique, une utopie idéaliste. Bellamy présentait dans un futur qui n'était pas si loin de lui une société fonctionnant selon des principes auxquels il croyait et qu'il défendait. Il a utilisé la fiction pour illustrer ce monde qu'il espérait meilleur et plus juste. Le procédé est efficace et il semble que Looking Backward a eu un effet considérable au moment de sa parution en 1887. Il demeure mystérieux que l'impact n'ait pas franchi le mur des langues et que le milieu francophone ait gardé aussi peu de traces de cet écrit.

vendredi 21 octobre 2016

L'étrange bibliothèque - Haruki Murakami

La bibliothèque était beaucoup plus silencieuse qu'à l'ordinaire. [H.M.]
Alors que je commente cette lecture d'il y a quelques jours, je lis Kafka sur le rivage du même Murakami, et je retrouve un jeune, une bibliothèque et un passage initiatique. La lecture de Kafka sur le rivage est toutefois moins déconcertante que celle-ci, pour l'instant. Mais, je crois savoir que chez Murakami, le fantastique se cache dans les replis du réel. L'étrange bibliothèque se loge presque entièrement dans un tel repli.

Un jeune garçon, amateur de lectures et de livres, se rend à la bibliothèque pour remettre deux emprunts récents, s'informant à propos de la recherche d'un nouveau livre, il est dirigé vers la salle 107 au sous-sol. C'est là que l'étrange entre en scène et que nous sommes conviés dans un labyrinthe cauchemardesque où on croisera un vieux bibliothécaire, un homme-mouton et une jolie fillette.

Cette lecture, agrémentée des illustrations de Kat Menschik, se fait dans un court laps de temps, mais cet espace de temps se trouve suspendu quelque part entre le rêve et l'imaginaire.
La nuit de la nouvelle lune se manifesta furtivement, sans bruit, comme un dauphin aveugle. [H.M.]
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À propos des écrits de Murakami, sur Rives et dérives, on trouve:

Murakami
Haruki
1Q84 
Murakami
Haruki
Kafka sur le rivage
Murakami
Haruki
La ballade de l’impossible
Murakami
Haruki
Le passage de la nuit
Murakami
Haruki
L’éléphant s’évapore

samedi 15 octobre 2016

Le bâton d'Euclide, le roman de la Bibliothèque d'Alexandrie - Jean-Pierre Luminet

[Archives Janvier 2003]
Sous le fin croissant de lune, deux hautes tours jumelles découpaient leur silhouette encadrant le portail de la ville close. [J.-P. L.]
J'ai adoré ce roman historique qui narre avec certaines largesses avec l'Histoire la Bibliothèque d'Alexandrie. On y raconte les personnages qui y ont travaillé, les conflits qu'elle a générés, les espoirs de savoir infini, les heurts religieux et une série d'anecdotes plus ou moins réelles. En effet, l'auteur avoue avoir provoqué des rencontres qui n'ont pas vraiment eu lieu, avoir accordé à certains acteurs des rôles qu'ils n'ont pas tenus mais qu'ils auraient très bien pu tenir, avoir imaginé des dialogues que personne n'a pu entendre. Faute avouée est à moitié pardonnée. Mais, est-ce vraiment une faute? L'auteur écrit, sans prétendre autre chose, un roman, un roman qui croise plus d'une fois l'Histoire, mais tout de même un roman.

dimanche 9 octobre 2016

La fourmi assassine - Patrice Pluyette

Comme Gisèle Prunier n'avait pas disparu mais cherché à disparaître pour savoir comment Odile Chassevent avait disparu, on en sut un peu plus sur Odile qui avait été l'amie de Gisèle et devait se présenter pour dîner chez celle-ci à vingt heures avec un dessert le jour de sa disparition, laquelle perspective (le dîner, pas la disparition - à moins que Gisèle fut dans le coup mais nous essayerons de ne pas imaginer que si) enthousiasmait les deux jeunes femmes chaque premier week-end du mois quand Gisèle n'était pas de garde, Odile surtout cette fois-là, en témoigne son texto rédigé le jour même mais pas envoyé, enregistré à quinze heures dans le brouillon de son téléphone portable qu'un agent de la voirie retrouve le 4 du mois sans boîtier, juste la carte Sim pilonnée, incrustée dans les crampons d'une botte au fond d'une poubelle recouverte par les ronces sous le chemin vicinal dit rue du Pont Prolongé. [P.P.]
Étrange roman, énigmatique écrit, un conte policier où l'auteur semble vouloir nous mettre à défi de recoller des morceaux épars, des pièces de puzzle en creux alors qu'on trouve des pièces présentant des excroissances, mais où sont les morceaux de coins et de bord, on ne voit en partance que des mots alignés alors qu'une idée se profile et s'insinue à travers la matière des courts chapitres, et puis on avance à tâtons, on découvre un fil, on sent un récit, il y a une histoire, peut-être plus qu'une, et puis on en sort un peu secoué par le style échevelé, par les énumérations signifiantes et porteuses, par une narration éclatée qu'on réussit à organiser au cours de la lecture. Expérience particulière que cette lecture, mais expérience agréable.
Avant de se lever, il avait laissé un blanc, et à partir du moment où il se mit debout il n'arrêta pas de circuler dans la pièce, de brasser l'air, de prendre des objets dans sa main, de dire des choses pour en savoir d'autres. [P.P.]
Feuillage, faille, fouille, fond, battue, bocage, marais, mare, marécage, étang, lac, patrouille, ratissage, quarante, gendarme, plongeur, périmètre, sécurité, zone, sonde, rayon, hélicoptère, champ, sous-bois, bois, contrescarpe, clairière, parc, arbre, lierre, pelouse, mousse, puits, trou, tour, contour, cour, arrière-cour, cabanon, comble, [...], cynophilie, cybernétique, cornue, cryogénie, ciguë : aucune trace d'Odile Chassevent nulle part - ongle, cheveu, salive, sueur, ADN, rien. [P.P]


dimanche 2 octobre 2016

Un homme qui dort - Georges Perec

[Archives Mars 1991]
Dès que tu fermes les yeux, l'aventure du sommeil commence. [G.P.]
Je m’aperçois que quoique Perec ait écrit des textes de natures et d'essences très diverses, on reconnaît en lui certaines constantes. Dans chaque livre, on retrouve Perec, on retrouve celui qui se confiait dans Je suis né.

Ici, il utilise la deuxième personne du singulier et bien que tu ne sois plus dans la situation du protagoniste penché sur l'écriture ardue d'une thèse, tu te sens interpellé dans tes souvenirs, dans tes expériences et tu vis toi aussi cette détresse déprimée.

Un homme qui dort pourrait être l'archétype du roman sombre, mais il ressort toutefois de l'oeuvre une conscience du monde, de l'espace et du temps qui est celle de Perec, unique et méthodique.
Tu lis, une à une, les cartes pâlies affichées à la devanture d'un graveur : Docteur Crubellier, stomatologiste, Diplômé de la faculté de médecine de Paris, sur rendez-vous seulement, Marcel-Émile Burnachs S.A.R.L. Tout pour les tapis, Monsieur et Madame Serge Valène, 11 rue Lagarde, 214 07 35; Réunion de l'Amicale des Anciens élèves du Collège Geoffroy Saint-Hilaire, Menu : Les Délices de la mer sur le lit des glaciers, le Bloc du Périgord aux perles noires, la Belle argentée du lac. [G. P.]
L'édifice de La vie mode d'emploi se situe rue Simon-Crubellier; Valène en est un locataire. Et dans ce «romans», on retrouve un passage tout à fait similaire à celui-ci. C'est l'intertextualité qu'on aime de Perec.

Georges Perec parle lui-même de son roman Un homme qui dort
(http://www.ina.fr/video/I08261871).
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Sur Rives et dérives, de Perec ou à propos de Perec, on trouve des commentaires sur :

Évrard
Franck
Georges Perec ou la littérature au singulier pluriel 
Perec
Georges
Cantatrix Sopranica L. et autres écrits scientifiques 
Perec
Georges
Espèces d’espaces
Perec
Georges
Georges Perec
Perec
Georges
L’art et la manière d’aborder son chef de service pour lui demander une augmentation
Perec
Georges
L’attentat de Sarajevo
Perec
Georges
La vie mode d’emploi 
Perec
Georges
Penser / classer 
Perec
Georges
Tentative d’épuisement d’un lieu parisien