jeudi 23 février 2017

L'écrivain national - Serge Joncour

Ce séjour promettait d'être calme. [S.J.]
Voilà une autofiction où Serge Joncour se met en scène. Invité par les libraires d'une petite municipalité de région forestière à devenir l'écrivain en résidence ayant la charge d'animer des ateliers et de livrer quelques conférences, l'auteur sera plongé dès les premiers instants dans un drame issu d'un fait divers, la disparition d'une figure locale attribuée à un couple de ses locataires d'un petit terrain en forêt. C'est le regard photographié de Doria, la partie féminine de ce couple marginal, qui fascinera l'écrivain. Il cherchera aussitôt à la rencontrer sans tenir compte des avis contraires de ses hôtes.
On est alors entraîné dans la quête de l'écrivain, une quête qui prend une allure policière et noire, mais qui constitue en un certain sens un prétexte pour porter un regard sur une société tournée sur elle-même, une communauté qui engendre ses propres ennemis et où l'auteur, enquêteur gauche et malhabile, ne semble jamais à sa place.

Au rythme de ses incursions en forêt, l'auteur nous livre ici des descriptions naturelles et humaines parfois teintées d'ironie. Il partage également ses réflexions sur le rôle de l'écrivain, sur ses interactions avec ses lecteurs et avec le monde et cela est loin d'être la partie la moins intéressante de cette agréable lecture.
[...] lire, c'est plonger au cœur d'inconnus dont on percevra la plus infime rumination de leur détresse. Lire, c'est voir le monde par mille regards, c'est toucher l'autre dans son essentiel secret, c'est la réponse providentielle à ce grand défaut que l'on a tous de n'être que soi. [S.J.] 
Faut être prudent en condamnant l'aigreur des autres, de peur d'être soi-même en train de façonner la sienne. [S.J.]
Écrire, c'est se dénoncer. [S.J.] 
[...] par chance un roman n'a pas à dire la vérité, il peut bien plus que cela. [S.J.]
[...] vivre c'est être le maître de son feuilleton. [S.J.]
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lundi 20 février 2017

Un présent infini, notes sur la mémoire et l'oubli - Rafaële Germain

Mon père est mort le 13 novembre 2015. [R.G.]
Rafaële Germain nous offre ici un court texte initiateur de profondes réflexions sur la mémoire, sur l'oubli, sur le temps, tout cela dans le contexte googlesque et wikipédien d'aujourd'hui, mais aussi dans celui plus personnel et intimiste de sa relation avec son père, le regretté journaliste et chroniqueur Georges-Hébert Germain.

Nous avons droit ainsi à un riche essai qui nous invite de façon inspirante à porter un regard posé sur une société qui vit dans une instantanéité où tout est ramené à un présent qui ne permet plus l'oubli. Et cet essai hors norme est teinté de souvenirs, de mots prononcés et de gestes simples qui appartiennent à un univers qu'on se doit de ne pas oublier.
Le monde est toujours beau pour qui sait rester curieux. Tu m'avais expliqué, et j'avais compris. [R.G.]


lundi 13 février 2017

Agénor, Agénor, Agénor et Agénor - François Barcelo

[Archives Mai 2006]
Clorimont s'arrêta à mi-chemin du sommet de la colline, s'épongea le front avec un grand mouchoir à carreaux. [F.B.]
Un grand conte que ce premier roman de Barcelo. Il date de 1981. Parfois, on ressent cette datation dans le style éclaté de Barcelo. Si les sujets traités ici relèvent de plusieurs styles, Agénor, Agénor, Agénor et Agénor  demeure tout au long du récit un véritable conte. C'est le style prédominant, transcendant. Barcelo est un fameux conteur. C'est d'ailleurs ce que je connaissais de lui. Je n'ai pas été déçu, mais je m'attendais tout-de-même à quelque chose de plus ... éclatant qu'éclaté.

mardi 7 février 2017

Le passage de la nuit - Haruki Murakami

La ville s'offre à notre regard. [H.M.]
Haruki Murakami nous offre ici une tranche de nuit, une tranche de vie dans un Tokio à la fois réel et imaginé, à la fois sombre et lumineux, un clair-obscur où se joue le présent de deux soeurs et de celles et ceux qui tournent autour, de celles et ceux qui apparaissent et disparaissent dans cette nuit se prolongeant jusqu'au blême matin.

Celui qui nous raconte cette nuit, celui qui la décrit, c'est un narrateur impersonnel qui a un point de vue mobile ayant bizarrement conscience de sa propre existence en tant que point de vue.
Cela a été dit, mais nous ne sommes qu'un simple point de vue. Nous sommes dans l'incapacité d'agir sur la situation, quelles que soient les circonstances. [H.M.]
Nous, point de vue acéré et pur, ... [H.M.]
Nous sommes dans une oeuvre de Murakami, on retrouve donc les questionnements propres à la jeunesse sur le passé et l'avenir, les interrogations existentielles et l'épreuve des choix.
Le monde avance sans à-coups en suivant son cours. La logique et l'action s'enchaînent sans intervalle. Du moins pour le moment. [H.M.]
Takahashi, lui non plus, ne parvient pas à déterminer clairement de quel côté du monde se situe son centre de gravité. [H.M.]
Tu sais, nos vies ne sont pas découpées simplement en «sombre» et «lumineux». Il y a une zone intermédiaire qui s'appelle «clair-obscur». La saine intelligence consiste à en distinguer les nuances, à les comprendre. [H.M.]
Mais Murakami, cela veut aussi dire que le lecteur baigne dans un important environnement musical. Du personnage jeune tromboniste dont les répétitions se font de nuit dans un obscur local jusqu'au fond sonore des bars plus ou moins fréquentés. C'est donc encore une oeuvre de Murakami qu'on prend plaisir à lire autant qu'à écouter.
Ni Mick Jagger ni Eric Clapton ne sont devenus des stars avec un trombone. Est-ce que Jimi Hendrix ou Pete Townshend ont brûlé ou cassé des trombones sur une scène? Non, bien sûr, c'étaient toujours des guitares électriques. Avec un trombone, ç’aurait été ridicule. [H.M.]
Le disque se termine. L'aiguille se relève et le bras retourne sur son support. Le barman va jusqu'à la platine. D'un geste tranquille, il prend le vinyle et le glisse dans sa pochette. Puis en sort un autre, vérifie la surface sous une lampe et le pose sur la platine. Il appuie sur le bouton, l'aiguille descend dans son sillon. Un scratch à peine perceptible. Débute alors «Sophisticated Lady» de Duke Ellington. Avec un solo nonchalant de Harry Carney à la clarinette basse. [H.M.]

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