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samedi 20 juin 2026

Les sciences sous ma loupe - Yves Gingras

Depuis les années 1950, nous vivons dans un monde de plus en plus techno-scientifique. [...] Tout comme la capacité de lire et d'écrire est devenue au XIXe siècle une condition de la participation éclairée de tout citoyen dans une société démocratique et a mené à l'école obligatoire, on ne peut de nos jours douter qu'une culture scientifique minimale est nécessaire pour porter un regard avisé sur les décisions que doivent prendre les gouvernements et les entreprises en matière de développement scientifique et surtout technologique. [Y.G.]
Comme pour chacun de ses essais destinés au grand public, je n'ai pas hésité longtemps avant de me plonger dans ce nouveau recueil d'Yves Gingras. J'ai lu la plupart de ses ouvrages de vulgarisation au fil des années et, chaque fois, j'en ressors comblé. Gingras possède ce rare talent d’exposer des concepts complexes de manière limpide. Il ne cherche pas à convaincre à tout prix ; il prépare plutôt le terrain, ce terreau propice à l’émergence d’une réflexion approfondie et d’une véritable analyse critique.

Gingras réunit ici soixante-dix textes qu'il qualifie lui-même de « critique de science » - un genre qu'il a développé dans la presse française et québécoise et qu'il revendique comme l'équivalent, pour les sciences, de ce que la critique culturelle pratique depuis longtemps à l'égard des œuvres artistiques. L'idée centrale : si l'on peut apprécier et discuter une critique de cinéma ou de littérature, on devrait pouvoir, de la même manière, apprécier une analyse critique des pratiques scientifiques - une analyse « qui vise non seulement à mieux comprendre la manière dont les scientifiques en arrivent à établir des connaissances robustes mais aussi à en évaluer leurs limites. »

Les textes sont regroupés sous de grands thèmes - sciences et méthodes, sciences et société, modes de production des savoirs, rhétoriques de l'excellence et sciences et culture - et abordent des questions aussi variées que : qu'est-ce que la science? Comment la production et la validation des savoirs scientifiques se déroulent-elles ? Quels sont les défis actuels pour la recherche dans un contexte où le moralisme, le relativisme et le dogmatisme religieux semblent regagner du terrain?

C'est exactement dans ce type de textes que se révèle, à mon avis, tout le talent pédagogique de Gingras. Il nous amène à penser notre rapport à la science. Dans un monde saturé d’actualités scientifiques, de promesses technologiques et d’annonces spectaculaires, Gingras invite à ralentir, à interroger, à douter de manière éclairée.  C'est d'ailleurs le but qu'il poursuit explicitement : en conclusion de l'ouvrage, il en appelle à un scepticisme sain, tant à l'égard des scientifiques eux-mêmes qu'à l'égard de leurs productions. Il a la capacité à rendre visible ce qui, souvent, reste implicite : les biais, les exagérations, les glissements de sens qui accompagnent la diffusion du savoir scientifique dans l'espace public. 

On ressort de cette lecture mieux armé pour naviguer dans cet univers où science, technologie et société s'entrecroisent sans cesse.

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lundi 13 avril 2026

Je sommes plusieurs - Pierre Bayard

Chacun sait que la lecture d'un livre peut modifier sa vie, voire celle d'un grand nombre de personnes. [P.B.]

Je suis un lecteur assidu de Pierre Bayard, ce psychanalyste qui enseigne la littérature et aborde les œuvres de façon toujours singulière. Bayard relit, déplace, déplie : il réinterprète les textes, les fait revivre selon d’autres critères, y cherche ce qu’aucun autre n’y avait songé, les projette dans un autre temps ou en imagine une fin alternative. Ses essais sont autant de relectures que d’expériences de pensée, où la littérature devient un terrain de jeu intellectuel sans cesse recommencé.

Mais Pierre Bayard est-il vraiment ce « je » qui parle dans ses essais ? Peut-on supposer que l’auteur et le narrateur soient une seule et même personne dans l’ensemble de sa bibliographie ? Le titre même de cet ouvrage, Je sommes plusieurs, semble nous inviter à en douter. Le « je » de Bayard — comme celui de l’auteur, du narrateur, du lecteur — serait d’emblée pluriel.

Dans ce livre, Bayard propose de substituer au Moi freudien, conçu comme une instance unique traversée de conflits, la théorie des personnalités multiples. Il ne s’agit plus d’un moi divisé, mais de plusieurs moi coexistant, parfois sans se connaître. Cette hypothèse lui permet de relire certaines œuvres et certaines figures d’auteurs comme l’expression de personnes distinctes habitant un même individu. De L'Étrange Cas du docteur Jekyll et de mister Hyde de Stevenson à Ajar/Gary, de la filmographie éclatée de Clint Eastwood à l'autrice d'Histoire d'O, Bayard déploie son modèle dans plusieurs sphères. Fernando Pessoa s’impose également comme une référence incontournable : ses hétéronymes, dotés de leur style, de leur biographie et de leur vision du monde, ne seraient pas des masques, mais de véritables sujets, chacun porteur de son œuvre propre.

Bayard est toujours surprenant dans sa manière d’aborder la littérature ; il l’est encore ici. Il en vient même à avancer que la vie en société serait plus simple, peut-être plus apaisée, si chacun acceptait les personnalités qu’il abrite, en les nommant, en leur laissant une place, en leur permettant de dialoguer entre elles plutôt que de prétendre à une unité factice.

Étonné, je l’ai été, une fois de plus. Mais je dois aussi reconnaître que je n’ai pas éprouvé autant de plaisir à cette lecture qu’à celle d’autres opus de Bayard. Peut-être parce que l’hypothèse déplace moins radicalement le regard porté sur les œuvres que ne le faisaient certaines de ses « fictions théoriques » précédentes. Voilà donc une lecture qui questionne davantage qu’elle n’enchante, et qui, peut-être, nous laisse avec cette impression persistante que, même lorsque nous lisons seuls, nous ne sommes jamais tout à fait un.

[...] ce que [Freud] appelle l'«inquiétante étrangeté», [est] un sentiment déstabilisant qui surgit en nous quand quelque chose de familier devient soudainement inquiétant. [P.B.] 

Un ouvrage consacré aux personnalités multiples ne pouvait faire l'impasse sur l'auteur le plus connu parmi tous ceux qui ont parlé de cette question, et ce au point de finir par en devenir l'incarnation, l'écrivain portugais Fernando Pessoa. [P.B.]

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mardi 11 novembre 2025

L'art de ne pas toujours avoir raison ou Penser contre soi-même avec Montaigne - Martin Desrosiers

On nous avait promis un tout autre monde. [M.D.]

Certains livres ne cherchent pas à nous convaincre, mais plutôt à susciter la réflexion. L’art de ne pas toujours avoir raison de Martin Desrosiers est de ceux-là. Très vite, on sent que cet essai nous apportera quelque chose — non pas une nouvelle perspective révolutionnaire, mais un rappel de quelque chose d’essentiel.


Desrosiers ne cherche pas à nous faire gagner le débat, mais nous invite à prendre un pas de recul , parfois, pour mieux écouter. Il s’interroge sur notre capacité — ou notre incapacité — à dialoguer dans un monde où la joute en ligne, les réactions immédiates et les positions polarisées semblent avoir pris le pas sur l’écoute, la nuance et la remise en question. S’appuyant sur l’esprit de Michel de Montaigne, il met en lumière la vertu de penser « contre soi-même », de rester à l’écoute de l’autre, de reconnaître qu’on peut se tromper, ou qu’on n’a pas toutes les cartes en main. Il s’éloigne des débats verbaux et des certitudes qui inondent nos écrans, nous rappelant que le doute n’est pas un signe de faiblesse, mais plutôt une forme d’élégance. Que l’humilité intellectuelle est une posture, pas une défaite. Le recours à Montaigne donne à l’essai un ancrage historique et philosophique qui enrichit le propos et lui donne de la profondeur.


L’art de ne pas toujours avoir raison est un ouvrage qui porte une grande ambition : raviver notre capacité à penser autrement, à échapper à nos préjugés, à renouer avec l’écoute et le dialogue. Il ne promet pas de recette miracle — mais un chemin possible. Il n’affirme pas que l’on sera toujours en harmonie avec l’autre — simplement que l’on peut «ne pas toujours avoir raison» et que cela peut devenir un art, une vraie force. 

Le fait d’être intellectuellement adroit n’a jamais été un gage de droiture intellectuelle. [M.D.]

Être humble, c’est vouloir transcender son ego ou, du moins, c’est mener des quêtes intellectuelles en s’efforçant de rester indifférent à ce qu’elles pourraient, égoïstement, nous rapporter. [M.D.] 

Dans le contexte actuel, alors qu’on préfère se gargariser de ses certitudes plutôt que de s’interroger honnêtement, alors que chacun reste cloîtré derrière ses convictions sans jamais sortir de soi, et alors que tout le monde voit l’idéologie et l’irrationalité dans la cour du voisin mais jamais dans la sienne, l’humilité qu’incarne Montaigne est peut-être non seulement la plus importante, mais la plus urgente des leçons philosophiques. [M.D.] 

mardi 1 juillet 2025

Une malle pleine de gens - Antonio Tabucchi

Il y a d'emblée quelque chose d'excessif dans la biographie de ce Portugais qui risque de devenir au fil des ans l'un des poètes majeurs du XXe siècle: quelque chose de trop excessif pour ne pas éveiller de soupçons, ou même alarmer celui qui se lance sur ses traces. [A.T.]

Antonio Tabucchi nous ouvre la porte de l’univers de Fernando Pessoa et de ses multiples hétéronymes. Ce recueil rassemble plusieurs essais sur ce sujet complexe et captivant. On a ainsi droit à une incursion dans le labyrinthe des diverses identités créées et endossées par Pessoa au fil de ses productions selon les diverses écritures qu'il adopte lorsqu'il personnifie l'un ou l'autre de ses hétéronymes. Il est parfois Alberto Caeiro da Silva, son maître et celui d'Alvaro de Campos, poète solitaire et discret. Parfois, il s'insère dans la peau d'Alvaro de Campos, ingénieur naval et poète dandy à la pointe de l'avant-garde. Il peut aussi incarner Ricardo Reis qui a vécu au Brésil et était à la fois médecin et un poète au classicisme revendiqué. Il devient parfois Bernardo Soares, son hétéronyme le plus proche, aide-comptable en la ville de Lisbonne, qui a livré l'incomparable Livre de l'intranquillité. Pessoa se glisse dans la nature de plein de gens qui ont chacun leur histoire, chacun leur parcours, chacun leur production, parfois minime, parfois exceptionnelle. Et les membres de cette tribu, qui vivent dans l'imaginaire foisonnant de Pessoa, entretiennent occasionnellement des échanges épistolaires, commentant l'un, s'interposant aux opinions de l'autre ou intervenant même dans la vie de leur géniteur. Grâce à Tabucchi, traducteur et spécialiste de l'œuvre de Pessoa, nous avons accès à une meilleure compréhension de la création polymorphe de ce dernier.

Dès mon enfance, en effet, j’ai eu tendance à m’environner d’un monde fictif, à m’entourer d’amis et de connaissances qui n’ont jamais existé. […] Depuis l’époque où je me connais pour celui que j’appelle moi, je me rappelle avoir toujours dessiné mentalement, leur donnant silhouette, mouvement, caractère et histoire, un certain nombre de personnages irréels qui étaient, pour moi, aussi visibles et aussi miens que les objets de ce que l’on appelle, abusivement peut-être, la vie réelle. [Lettre à Adolfo Casais Monteiro sur la genèse des hétéronymes, Fernando Pessoa]

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vendredi 16 mai 2025

La formule de Stokes, roman - Michèle Audin

C'est à Poltava, en Ukraine, que mourut Mikhïl Vassilievitch Ostrogradski. [M.A.]

Voilà un roman atypique, un roman dont l'héroïne est une formule de mathématique, la formule de Stokes, dont on suit l'histoire romancée et contextualisée. Dans le cours de cette histoire scientifique est intégrée l'aventure de l'autrice qui tente de convaincre un éditeur de la valeur de son projet. C'est ainsi et dans ce but que Michèle Audin décrit elle-même son roman : 

Il s'agit d'un roman, intitulé « La Formule de Stokes ». L'idée est de raconter la vie de cette formule, du début du XIXe siècle aux années 1930. Elle a en effet vécu des aventures qui l'ont transformée : venue de la physique pour devenir un objet mathématique des plus abstraits, elle a revêtu des formes très variées [...]. Je pense essayer de décrire à la fois ses transformations, son contenu mathématique, et les scientifiques qui ont contribué à son élaboration, sans négliger les aspects contextuels, à la fois politiques et culturels. [M.A.]

Mais, tout cela se réalise à l'intérieur d'un cadre chronologique en partie éclaté. En effet, les dates de l'année se suivent normalement du 1er janvier au 23 décembre sans égard à l'année du fait relaté. Des éléments de l'histoire de notre formule seront ainsi racontés en passant du 1er janvier 1862 au 5 janvier 1857, du 9 janvier 1895 au 13 janvier 2012, du 16 janvier 1898 au 19 janvier 1879. Dans un premier temps, cela peut être déroutant, mais les moments dont le récit est fait s'emboîtent pour créer au fil des pages un tissu narratif où s'entrecroisent allègrement des personnages du monde mathématique, du monde physique et de la société civile. Du XIXe siècle aux siècles suivants, la formule prendra diverses formes, se confrontera à diverses réalités et évoluera dans ses applications. On croisera ainsi, entre autres, Gauss, Green, Kelvin, Stokes, Riemann, Cartan. On revisitera l’affaire Dreyfus en constatant l’implication de quelques mathématiciens. On verra naître le groupe Bourbaki et sa volonté de refonder la mathématique à partir de zéro. On sera invité à assister à l’élaboration d’une mosaïque construite autour d’une formule qui, à certains égards, pourrait paraître absconse, mais est riche d’histoires et d’anecdotes, et mérite d’être l’objet d’un roman. 

samedi 3 mai 2025

Il nous faudrait des mots nouveaux - Laurent Nunez

Bonheur, malheur, amour, espoir, succès, échec, « tout est prédit par le dictionnaire », affirmait Paul Valéry. [L.N.]

Laurent Nunez, dans ce court essai, fait le pari de mettre en évidence une série de mots, appartenant à d'autres langues que le français, des mots qui décrivent des concepts, des états, des faits pour lesquels notre langue reste muette. On a donc droit à treize mots issus d'autant d'univers linguistiques, treize mots qu'on ne pourrait traduire, treize mots qui rendent des sensations ou des émotions qu'on ne sait exprimer sans paraphraser. Voilà un livre savoureux qui nous fait découvrir le kintsugi japonais (l'art de réparer les cassures avec de l'or), le naz urdu (la fierté de savoir que l'on est aimé plus que tout) ou l'ostranenia russe (l'étrangeté intentionnelle d'une œuvre d'art). De nouveaux mots provoquent de nouvelles réflexions, des émotions inédites et une liberté de pensée.  

Un objet cassé est un objet neuf qui enfin se réalise, qui enfin se cogne au monde. [L.N.] 

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lundi 17 mars 2025

Mauvaises méthodes pour bonnes lectures - Eduardo Berti

Commencez à lire un livre. Avant d'arriver à la moitié (à la page 130, par exemple), perdez-le. Trouvez-en un autre. Faites comme si c'était le même livre, allez à la page 130 et lisez de là jusqu'à la fin. Vous devrez peut-être faire un certain nombre d'adaptations : comprendre que Marie s'appelle maintenant Tania, que la ville rurale du Texas est maintenant un quartier de Novossibirsk, que monsieur Wilkinson n'a plus de poulets parce que Mme Ivanov et les deux chèvres de Mme Ivanov ont largement pris leur place. Des situations de ce genre. Dites-vous que c'est à ça que servent les bons lecteurs. [E.B.]

D'Eduardo Berti, j'avais lu Un père étranger et cela avait suffi pour que je veuille à nouveau croiser son œuvre, d'autant plus que j'avais alors appris que, depuis 2014, il avait rejoint la bande des oulipiens. Mauvaises méthodes pour bonnes lectures s'inscrit tout à fait dans cet esprit de potentialités des lectures, dans un projet d'éclatement des méthodes traditionnelles de lectures pour s'engager allègrement dans un univers ludique qui donne à la lecture un nouveau vernis, une série d'ouvertures vers le jeu, vers l'amusement, le sourire et même le rire en parcourant les pages d'un ou plusieurs livres. Dans son Argentine natale, où sa formation scolaire s'est réalisée sous la dictature, le livre et son contenu devenaient un objet sérieux et dangereux. Dans cet esprit, imaginer une série de méthodes pour jouer avec le livre et la lecture constitue un pas vers la libération. Les détournements que propose Eduardo Berti dans cet opuscule sont autant de voies vers le loufoque, le farfelu et le déconcertant, mais cela nous pousse dans des tranchées où la réflexion sur notre pratique de la lecture devient incontournable. J'ai adoré m'aventurer ainsi avec Berti dans cet espace de lecture créative.

Un hapax est un mot qui n'apparaît qu'une seule fois dans un livre spécifique, soit dans l'ensemble de l'œuvre d'un auteur. [E.B.] 

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01/12/2021


samedi 21 décembre 2024

Lise Bissonnette, Entretiens - Pascale Ryan

Intellectuelle engagée, femme d’idées et d’action, Lise Bissonnette est à la fois observatrice, analyste et partie prenante de la société québécoise depuis près de cinquante ans.  [P.R.]

Depuis un bon moment, je me promettais de lire ce texte où Lise Bissonnette, guidée par les questions de Pascale Ryan, se raconte, fait le portrait de son parcours, et, par le fait même, raconte le Québec et fait le portrait d'un parcours intellectuel dans le Québec d'après la Révolution tranquille. Je n'aurai pas été déçu. De son Abitibi natale où sa formation souffre des reliquats de la Grande noirceur à son itinéraire professionnel au cœur de plusieurs des grandes institutions québécoises, Lise Bissonnette se livre en démontrant encore une fois toute sa passion. Elle témoigne de son attachement à l'idéal qui a fondé la transformation et la modernisation du Québec dans les années 60 et 70. Elle déplore que de grandes réalisations, comme le réseau public de l'Université du Québec, la Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ), le Parc olympique demeurent, encore aujourd'hui, des promesses inachevées. 


Elle raconte son initiation au journalisme, qui débute par le journalisme étudiant, notamment au Quartier Latin, qu'elle considère comme un lieu important de sa formation et de son ouverture à la culture. Elle raconte son implication à la direction du Devoir où certains de ses éditoriaux marquent encore l'histoire.


Tout au long de ces entretiens, c'est le regard de Lise Bissonnette sur la société et son analyse affûtée qui sont mis de l'avant à travers l'histoire de son engagement. 

Une bibliothèque est d’abord un lieu de culture, elle incarne la transmission du savoir dans toutes les disciplines accessibles par la lecture, elle a soutenu le développement des démocraties et incarné ailleurs la résistance aux obscurités. [L.B.]

De toutes les fonctions dont j’ai eu la charge, la création de la Grande Bibliothèque, puis de la BAnQ, a été pour moi la plus heureuse. J’ai eu la chance inouïe de faire advenir un changement très important pour l’accès des Québécois à la culture, à la connaissance et au savoir, et ce, à une époque où on n’y croyait plus, où le service public semblait avoir atteint ses limites. Nous l’avons fait plutôt bien, je pense. La trajectoire a été droite, je m’en étonne encore aujourd’hui. [L.B.] 

mercredi 28 août 2024

Parlons philosophie - Normand Baillargeon

Au printemps 2024, Normand Baillargeon regroupait un ensemble d'entretiens qu'il avait mené entre 1994 et 2010 auprès de figures marquantes de la philosophie et de la pensée contemporaine, principalement anglo-saxonne. L'auteur y voyait l'occasion de faire connaître des œuvres, des idées, qui ont participé aux réflexions sur la philosophie analytique, sur l'éthique et la politique, sur la pensée critique et, de façon générale, sur la société. Si certaines entrevues me sont apparues un peu trop spécialisées pour quelqu'un qui n'est pas du domaine, la plupart étaient accessibles et ouvraient la porte à d'autres questions, d'autres curiosités, qui, j'imagine, pourraient trouver réponse dans les divers textes placés en bibliographie après chacune des entrevues. Je connaissais quelques noms parmi les intervenants rencontrés par Normand Baillargeon, mais pour plusieurs, ce fut une première rencontre, peut-être un peu brève, mais suffisante pour prétendre susciter de prochaines lectures. 

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Heureux sans dieu 

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Légendes pédagogiques : l’autodéfense intellectuelle en éducation 

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Liliane est au lycée 

03/08/2014




vendredi 12 juillet 2024

Pouvoirs de la lecture - Peter Szendy

Lorsque je lis, une voix en moi m’intime de lire (« lis ! »), tandis qu’une autre s’exécute, prêtant sa voix à celle du texte, comme le faisaient les antiques esclaves lecteurs que l’on rencontre notamment chez Platon. [P.S.]

J'avais pu écouter l'auteur en entrevue sur France-Culture. Sa référence à une petite voix que certains entendent dans leur tête alors qu'ils lisent, une petite voix qui leur fait, en quelque sorte, la lecture, m'avait intrigué parce que je suis de ceux qui perçoivent cette subvocalisation. Elle m'accompagne dans mes lectures. J'étais donc curieux de lire cet essai qui en dresse l'histoire, de la lecture publique à voix haute, réalisée parfois par un esclave, à une lecture pour soi où il n'y a que le lecteur qui perçoit cette voix intérieure. L'auteur appuie ses analyses et sa démarche sur des extraits de textes marquants, des textes grecs, Platon en tête, aux œuvres plus récentes, celles de Sade, de Flaubert ou de Calvino, notamment. De la voix intérieure qui fait la lecture, il passe à la voix du texte qui s'adresse au lecteur (ou à la lectrice). On aura reconnu Si par une nuit d'hiver un voyageur d'Italo Calvino, un archétype de l'adresse au lecteur bien que d'autres, avant Calvino, aient utilisé ce processus d'écriture, qu'on pense, à titre d'exemple, à Laurence Sterne dans La vie et les opinions de Tristram Shandy Et puis, il y a la voix impérative qui nous dit : Lis! ou Ne lis pas! Entre l'auteur, le lecteur et l'auditeur, le processus de la lecture apparait plus multiforme qu'on aurait pu le concevoir et Peter Szendy s'est donné comme mandat de soulever quelques paradoxes de ce mécanisme qui fait intervenir plus d'une voix, plus d'un objectif, plus d'un résultat. J'ai aimé ce parcours dans le monde insoupçonné de la lecture, même si cela demeure une marche ardue à travers les raisonnements et les références de l'auteur. 

mercredi 28 février 2024

L'abécédaire de Michel de Montaigne - Michel Magnien


Avec son sens aigu du paradoxe, vu sa solide culture humaniste, Montaigne n’était pas loin de recommander à ses lecteurs une « ignorance abécédaire ». [M.M.]

La formule de l'abécédaire peut parfois être intéressante dans le sens où elle permet de regrouper des éléments épars dans l'œuvre étudiée sous un nombre restreint de thèmes organisés de façon arbitraire selon l'ordre alphabétique. Parfois, aussi, cette façon de faire éclate les idées du texte et les morcelle dans une suite qui n'a de sens que par la première lettre des mots mis en évidence. Cette fois-ci, à la lecture de ce parcours dans les réflexions de Michel de Montaigne, je crois que j'ai ressenti plus d'une fois le désarroi dans les sauts thématiques que l'alphabet nous dessine. À travers cela, bien sûr, j'ai tout de même apprécié lire et relire les idées de ce philosophe humaniste et je ne m'en suis pas privé. 

[...] à mesure que la possession du vivre est plus courte, il me la faut rendre plus profonde et plus pleine. [Montaigne]

Assignation - Il y a du travail à jouir de la vie ; j’en jouis au double des autres, car la mesure en la jouissance dépend du plus ou moins d’application que nous y prêtons. [Montaigne]

Citations - Qu’on voie, en ce que j’emprunte, si j’ai su choisir de quoi rehausser ou secourir proprement l’invention, qui vient toujours de moi. Car je fais dire aux autres, non à ma tête, mais à ma suite, ce que je ne puis si bien dire, par faiblesse de mon langage, ou par faiblesse de mon entendement. [Montaigne] 

Franchise - Un parler ouvert ouvre un autre parler et le tire hors, comme fait le vin et l’amour. [Montaigne]

Et si j’eusse eu à dresser des enfants, je leur eusse tant mis en la bouche cette façon de répondre enquêtante, non résolutive : « Qu’est-ce à dire ? Je ne l’entends pas. Il pourrait être. Est-il vrai ? », afin qu’ils eussent plutôt gardé la forme d’apprentis à soixante ans que de se prendre pour des docteurs à dix ans, comme ils font. Qui veut guérir de l’ignorance, il faut la confesser. [Montaigne] 

Sagesse - Quand bien nous pourrions être savants du savoir d’autrui, au moins sages ne pouvons-nous être que de notre propre sagesse. [Montaigne] 

Solitude - Je trouve aucunement plus supportable d’être toujours seul que de ne le pouvoir jamais être. [Montaigne] 

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