mardi 16 février 2010

Georges Perec

[Archives, mars 1990]

Ma première expérience de Perec survient probablement à la fin des années 70 avec Espèces d'espaces. C'est Marie-Jo qui me le recommande après avoir été elle-même mise sur cette piste par notre cousine. Sa vision de l'espace et de l'écriture dans l'espace et sur l'espace m'a littéralement séduit. C'est probablement mon fond de géomètre non assouvi qui entra ici en résonance. Dans ce livre-jeu , Perec annonce plusieurs projets aussi fous les uns que les autres.
En 1982, nous découvrons, Marie-Jo et moi, l'Oulipo... et Georges Perec en est membre. Après recherches en librairie, je tombe sur La vie mode d'emploi, une oeuvre-maîtresse de Perec, mais aussi une œuvre typiquement oulipienne. Une réussite. Un monde de détails qui prennent vie pour donner accès à d'autres détails. [La vie mode d'emploi a été l'objet de plusieurs relectures de ma part.]
La porte était ouverte. J'en veux encore. Je me rends alors compte au travers les lectures qui vont suivre, Quel petit vélo à guidon chromé au fond de la cour? [mai 1985], Les choses [juillet 1985], La disparition [novembre 1989], etc. à quel point Perec est versatile. Il passe du roman sociologique, aux contraintes les plus fortes, à l'expression de ses souvenirs ou de ses rêves. Mais toujours à travers des oeuvres qui ont pu demander un travail monacal une constante : le jeu. Perec aime les mots, Perec aime les phrases, les énumérations et tutti quanti. On retrouve là une espèce de manie vertigineuse. Un cabinet d'amateur, par exemple, n'est qu'une énumération de tableaux fictifs avec somme de détails qui provoque effectivement le vertige.
Je ne suis pas rassasié. J'ai relu La disparition, quelle oeuvre déroutante.
J'ai 53 jours sur mes tablettes. Je m'y mets bientôt.
J'ai également lu sur Perec : un dossier du Magazine littéraire, Georges Perec de Burgelin.
Georges Perec est mort. Il faut relire le numéro de la Bibliothèque oulipienne qui lui fut alors dédié.


Je me souviens de mes lectures de Perec.
Je me souviens de Karamanlis, Karawo, ...
Je me souviens d'avoir espéré faire des rêves fous.
Je me souviens d'une histoire des années soixante.
Je me souviens d'un puzzle immense.
Je me souviens des p'tites choses de la vie, de l'infra-ordinaire.
Je me souviens d'un bureau décrit avec soin.
Je me souviens d'Anton Voyl.
Je me souviens d'une exposition.
Je me souviens d'une demande d'augmentation.
Je me souviens d'un projet de descriptions bisannuelles de coins de Paris.
Je me souviens d'une poche au milieu d'une scène.
Je me souviens des ulcérations palindromatiques.
Je me souviens que Georges Perec avait une belle tête.
Je me souviens que Perec tenait bizarrement ses cigarettes.
Je me souviens que Perec a traduit Matthews.
Je me souviens que Perec est un auteur qui donne le goût de jouer à écrire.

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Sur Rives et dérives, de Perec ou à propos de Perec, on trouve :

Burgelin

Claude

Album Georges Perec

20/04/2022

Decout

Maxime

Cahiers Georges Perec, no 13, La Disparition, 1969-2019 : un demi-siècle de lectures

11/06/2021

Évrard

Franck

Georges Perec ou la littérature au singulier pluriel 

06/01/2015

Perec

Georges

Cantatrix Sopranica L. et autres écrits scientifiques 

30/05/2010

Perec

Georges

Espèces d’espaces

05/06/2017

Perec

Georges

L’art et la manière d’aborder son chef de service pour lui demander une augmentation

15/03/2009

Perec

Georges

L’attentat de Sarajevo

05/09/2016

Perec

Georges

La vie mode d’emploi 

10/02/2016

Perec

Georges

Le Voyage d’hiver et ses suites

22/08/2019

Perec

Georges

Penser / classer 

30/05/2016

Perec

Georges

Tentative d’épuisement d’un lieu parisien

09/07/2018

Perec

Georges

Un cabinet d’amateur, Histoire d’un tableau

13/06/2020

Perec

Georges

Un homme qui dort

02/10/2016

dimanche 14 février 2010

Des archives...

À l'automne de l'année de grâce 1989, à Montréal, je débutais l'écriture tout à fait intimiste d'un petit cahier où je me promettais de livrer à la blancheur des pages quelques impressions sur des lectures qui m'ont marqué, des lectures qui m'ont influencé, qui m'ont troublé, qui m'ont fait réfléchir, qui m'ont porté à m'essayer à l'écriture, qui m'ont formé et déformé, qui m'ont fait vivre et rêver. Cela ne constitue pas d'ultimes critiques, ce sont plutôt des notes placées à l'avenant dans un agenda de rencontres livresques qui se dessinent au gré des influences des proches et des découvertes fortuites.

La relecture de ces notes regroupées dans quelques cahiers m'incite à les partager. En fait, Rives et dérives est devenu, pour moi, le prolongement virtuel de ces petits cahiers. Voilà donc un lieu bien choisi pour tirer du néant et du bas d'une armoire des morceaux choisis extraits D'une lecture à l'autre, cahiers de factures diverses s'étalant sur quelques décennies.

J'identifierai les messages issus de ces cahiers en les datant et en leur attribuant un libellé Archives. J'espère que vous apprécierez ces quelques incursions dans mon passé de lecteur.

Jean-Luc

La trilogie berlinoise - Philip Kerr

Ce matin, à l'angle de Friedrichstrasse et de Jägerstrasse, je vis deux hommes, deux SA qui démontaient une des vitrines rouges où est affiché chaque nouveau numéro du Stürmer. (P.K.)
La Trilogie Berlinoise est constituée de trois moments dans le parcours de Bernhard Gunthe, trois aventures de ce détective privé - ex-policier, trois moments de l'Allemagne du XXe siècle, trois périodes dans l'aventure nazie du IIIe Reich, 1936, 1938 et 1947. Ce polar historique nous fait vivre dans un quotidien où l'antisémitisme prend place, se développe jusqu'à l'inimaginable et se résorbe sous les tractations d'ex-SS, pseudo-défenseurs de la liberté capitaliste devant un communisme montant.

Le premier «livre», L'été de cristal, nous fait découvrir les rues d'un Berlin qui se prépare pour les Jeux Olympiques. À la lecture de certaines descriptions, je me suis souvenu comment mon fils m'avait relaté sa première visite à Berlin et l'impression qui se dégageait de l'architecture urbaine de cette capitale.
Les bâtiments publics de cette ville étaient incroyables. Ils ressemblaient à d'immenses montagnes de granite gris, une énormité destinée à rappeler l'importance de l'État et la quantité presque négligeable que représente un pauvre individu. Cela pourrait expliquer en partie la façon dont cette histoire de national-socialisme a commencé. Il est difficile de ne pas être impressionné par un gouvernement, quel qu'il soit, dont les services sont installés dans des bâtiments aussi grandioses. Et les longues et larges avenues qui reliaient les différents quartiers semblaient n'avoir été conçues que pour pouvoir y faire manœuvrer des colonnes de soldats. (p.354)
C'est également dans ce premier livre qu'on découvre ceux et celles qui furent appelés les Violettes de Mars : ceux et celles qui se sont découvert des affinités nazies au moment où cela commençait à devenir important, allant même jusqu'à tenter d'obtenir des cartes portant de petits numéros pour feindre une adhésion précoce.

Et l'aspect architectural du quotidien revient dans le livre trois, Un requiem allemand :
Dans beaucoup de quartiers, un plan des rues n'était guère plus utile qu'une éponge de laveur de carreaux. Les artères principales zigzaguaient comme des rivières au milieu de monceaux de décombres. Dessentiers escaladaient d'instables et traîtresses montagnes de gravats [...].Les boussoles étant introuvables, il faillait beaucoup de patience pour s'orienter dans ces fantômes de rues le long desquelles ne subsitaient, comme un décor abandonné, que des façades de boutiques et d'hôtels [...].  (p.553)
Les aventures policières de Bennie Gunther laissent un goût d'amertume envers l'histoire. La distance que Gunther met entre lui et les responsables de cette horreur s'amenuise et le sentiment de culpabilité le rejoint. Heureusement, tout cela se profile au travers un polar bien mené et le héros, narrateur au je, se permet des écarts et des figures de style souvent surprenantes. La fascination que génère La Trilogie Berlinoise se transmute-t-elle dans la suite La Mort, Entre Autres ?

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Sur Rives et dérives, on trouve aussi :

Kerr
Philip
La mort, entre autres 


lundi 1 février 2010

Des papous.... dans nos têtes !

Nous y voilà enfin !

C'est pas un livre, pas une expo, ni une pièce de théâtre mais ça fait voyager pareil !

En plus, étant radiophiles (et photogruegraphes mais on vous en reparlera dans un autre post(e)), on adore leurs façons de titiller la glande littéraire.

Des papous dans la tête, c'est une émission de radio diffusée le dimanche vers 12h sur France Q (Q comme qulture), où des amoureux de la langue propagent leur folie des mots. On se fait bercer par leurs chansons, leurs lettres de personnages célèbres, leurs réécritures de textes à la manière de, leurs poèmes reconstruits, tous empreints d'un humour à toute épreuve !

Alors c'est comme ça qu'à chaque dimanche, on s'retrouve nez à nez avec la vieille radio, les oreilles bien propres et le cerveau sur ON à écouter attentivement les mots qui se baladent dans la cuisine. En tous cas, ça sent bien bon et ça donne faim. Et ça nous donne des envies de créer en groupe, de se lancer des défis, de mettre sur papier les idées les plus folles accompagnées de contraintes incongrues.

Alors pour la nouvelle année, on s'est dit qu'on allait se déguiser en Papous ! Vous êtes des nôtres ?

Vive la radio en ces temps d'images !

Sharlaine et Alex

En passant, vous pouvez écouter les dernières émissions sur le site des papous dans la rubrique "Archives".