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vendredi 27 février 2026

Doux dément - Gilles Archambault

Jamais je n'aurais pensé vivre si vieux. Quand on veut m'être agréable, on me félicite de mon état de santé. Bon pied bon œil. C'est ce qu'on croit. Ou souhaite croire. Depuis un moment, j'ai l'impression de survivre à l'homme que j'ai été. [G.A.]

Dès les premières lignes, Archambault installe un mélange de lucidité et de fragilité qui caractérise Doux dément. On y retrouve une voix familière : un timbre discret, pudique et honnête.

Le genre littéraire qu'il est convenu d'appeler autofiction a depuis les dernières années le vent en poupe. De nombreux romans se réclamant de ce genre ou étiquetés comme tels par les critiques se sont trouvés à l'avant lors des dernières rentrées littéraires. Cependant, je ne me sens pas a priori attiré par cette tendance. Je m'imagine parfois, fort probablement à tort, que cela découle d'un manque d'imagination, qu'une certaine paresse amène l'auteur à se choisir comme personnage. Et pourtant, je ne compte plus le nombre d'œuvres de ce type que j'ai pris plaisir à lire. Une grande partie du corpus littéraire de Gilles Archambault pourrait être dite autofictionnelle et je ne m'en plains pas, bien au contraire.

Doux dément s’inscrit clairement dans cette veine. Je me suis plongé sans retenue dans ce roman où la frontière entre l’auteur et le narrateur est si poreuse qu'elle en devient accessoire. Ils partagent un nom, des amis, une nostalgie commune, mais se distinguent par les méandres de leurs expériences. Archambault joue sur les écarts, les glissements, les zones d’ombre où la fiction s’invite dans la mémoire. L'auteur utilise ce ton unique, cette voix douce-amère qui transforme le banal en émotion. Doux dément est un livre qui ne fait pas de bruit, mais j'ai trouvé un grand plaisir dans sa lecture. Archambault confirme, une fois de plus, qu’il est maître dans l’art du récit intimiste et qu’il sait transmettre des confidences qui éclairent autant qu’elles troublent.

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Sur Rives et dérives, on trouve aussi :

Archambault 

Gilles 

À peine un petit air de jazz 

Archambault 

Gilles 

En toute reconnaissance, Carnet de citations plutôt littéraires 

Archambault 

Gilles 

L’ombre légère  

Archambault 

Gilles 

Qui de nous deux ? 






vendredi 20 février 2026

Paris en vrac - Michel Tremblay

Au milieu du Pont-Neuf, je descends le long escalier qui mène au Vert-Galant, mon endroit favori dans tout Paris. [M.T.]

Michel Tremblay poursuit ici son cycle de récits autobiographiques en se tournant vers ses séjours parisiens, qu’il revisite avec la nostalgie et l’humour qui lui sont propres. Pourtant, Paris en vrac ne possède pas tout à fait l’élan de ses autres textes du même genre. Là où Un ange cornu avec des ailes de tôle explorait son éveil littéraire, Les vues animées ses découvertes cinématographiques, ou Offrandes musicales ses passions sonores, ce nouveau volume rassemble plutôt une série d’anecdotes éparses liées à la capitale française — ses salles, ses artistes, sa faune culturelle.

Le principe n’est pas déplaisant, mais l’ensemble m’a semblé moins habité. L’anecdote a parfois de la difficulté à se transformer en un récit captivant. Tremblay multiplie les références à des artistes, des lieux, des figures du milieu, mais cette accumulation ne rend pas le texte plus passionnant. J’ai parfois eu l’impression d’assister à un étalage de noms plutôt qu’à une véritable plongée dans son rapport intime à Paris.

Je suis peut-être sévère. Certains passages m’ont réellement fait sourire, et il arrive que la ville prenne vie sous le regard tendre et amusé de Tremblay. Mais l’ensemble demeure, à mes yeux, inégal — comme si l’auteur, qui excelle à capturer et à mettre en scène des souvenirs personnels, n’avait pas trouvé ici la même intensité que dans ses autres évocations autobiographiques.

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Sur Rives et dérives, on trouve aussi :

Tremblay

Michel

Les vues animées 

08/02/2014

Tremblay

Michel

Offrandes musicales

15/12/2021

Tremblay

Michel

Vingt-trois secrets bien gardés

29/10/2019


lundi 16 février 2026

Cavalcade en cyclorama - Marc-Antoine K. Phaneuf

DÉBUT, débuter, commencer par le commencement, l’introduction, l’initiation, se faire dévierger, perdre sa cerise, une cerise au marasquin, un cocktail exotique, de la grenadine, un sirop sucré, du sirop de poteau, de la tire d’érable [...] [M.A.K.P.]

C’est en parcourant l’un des articles réunis dans Perec l’œuvre-monde — celui où Dominique Raymond explore la présence de l’intertexte perecquien dans la littérature québécoise — que j’ai découvert Cavalcade en cyclorama, un poème hors norme de Marc-Antoine K. Phaneuf. Le rapprochement avec Perec n’a rien d’anodin, il est même flagrant, presque organique. Comme chez Perec, la liste devient ici un moteur poétique, un dispositif qui fait surgir l’infra-ordinaire : ce territoire du banal, du quotidien, du presque invisible, que l’écriture révèle en l'exhibant.

Phaneuf déploie une longue tirade d’une soixantaine de pages, une suite de souvenirs qui s’enchaînent par glissements sonores, par coïncidences minuscules, par associations d’idées tantôt ludiques, tantôt mystérieusement concrètes dans un flux ininterrompu. On y croise des fragments de culture populaire, des réminiscences d’enfance, des images qui semblent surgir d’un réservoir commun. Comme dans Je me souviens, les bribes mémorielles de Perec, la lecture active immédiatement notre propre mémoire. On reconnaît, on réagit, on ajoute mentalement à la liste des éléments de notre propre histoire, des éléments de notre propre confrontation à cette culture dite populaire.

Ce texte pourrait aisément passer pour un exercice oulipien tant il joue avec les contraintes implicites de la mémoire et de la langue. Mais c’est surtout une expérience de lecture enveloppante, presque hypnotique, où l’on se laisse porter par le rythme des réminiscences et par la manière dont elles se répondent. Cavalcade en cyclorama réussit à faire du banal un matériau vibrant, et à transformer une énumération en véritable performance poétique.


mardi 3 février 2026

Perec, l'œuvre-monde, Cahiers Georges Perec no 14 - Raoul Delemazure et al.

Écrivain polygraphe, artiste multidimensionnel, auteur «intertextualiste», homme curieux de tout ou presque, membre d'un «groupe-monde», l'Oulipo, Perec dispose effectivement dans son œuvre les germes d'un devenir élargi, le pré-forme aux relais de toutes sortes tout comme il le constitue en relais polymorphe. [R.Delemazure]

J’ai savouré cette lecture pendant un long moment. J’ai étalé ma plongée dans ce volume des Cahiers Georges Perec sur plusieurs mois, laissant chaque article infuser avant de poursuivre. C'est une lecture exigeante, certes, mais combien agréable pour un amateur tel que moi. L’ensemble explore les influences littéraires de Perec, les diverses formes d’intertextualité qui traversent son œuvre, ainsi que les échos qu’elle suscite dans le monde, le monde des auteurs qu’il cite, imite ou convoque, mais aussi celui de celles et ceux, aux quatre coins du globe, qui ont trouvé dans son écriture une inspiration, une étincelle ou un déclencheur — consciemment ou non, postérieurement ou antérieurement à ladite œuvre.

Ce numéro s’inscrit pleinement dans une perspective comparatiste, attentive à la réception internationale de Perec, à son rayonnement, à son influence et à sa postérité dans la littérature transnationale. C’est une belle manière de revisiter des lectures qui m’avaient déjà transporté, en les éclairant par de nouvelles pistes, des approches de littérature comparée et des références à des écrivains du monde entier.

On découvre d’abord les influences de la littérature mondiale dans l’œuvre de Perec : les emprunts, les citations, les jeux d’écriture, le voyage de Bartlebooth, l’« englès » perecquien, l’aventure yougoslave, ou encore la présence du Japon dans La Vie mode d’emploi. On lit avec joie les rapports qu’a établis Perec avec des écrivains étrangers — Sterne, Joyce, Kafka, Stevo, Bioy Casares ou, bien sûr, Calvino.

Avec autant de plaisir, on se laisse ensuite entraîner vers les filiations perecquiennes dans la littérature mondiale : Auster, Murakami, Cortázar et la tradition argentine, ou encore les résonances de Perec dans la littérature québécoise. Bien que les liens de parenté ne soient pas toujours manifestes, ce catalogue abondant m’a offert un vaste horizon de lectures à explorer.

Ma pile de livres à lire s’en est trouvée enrichie… d’une manière presque déraisonnable.

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Sur Rives et dérives, on trouve aussi :

Burgelin

Claude

Album Georges Perec

20/04/2022

Burgelin

Claude

Georges Perec

08/10/2023

Decout

Maxime

Cahiers Georges Perec, no 13, La Disparition, 1969-2019 : un demi-siècle de lectures

11/06/2021

Évrard

Franck

Georges Perec ou la littérature au singulier pluriel 

06/01/2015

Perec

Georges

Cantatrix Sopranica L. et autres écrits scientifiques 

30/05/2010

Perec

Georges

Espèces d’espaces

05/06/2017

Perec

Georges

Georges Perec

16/02/2010

Perec

Georges

Georges Perec en dialogue avec l’époque et autres entretiens

01/09/2023

Perec

Georges

L’art et la manière d’aborder son chef de service pour lui demander une augmentation

15/03/2009

Perec

Georges

L’attentat de Sarajevo

05/09/2016

Perec

Georges

La vie mode d’emploi 

10/02/2016

Perec

Georges

Le Voyage d’hiver et ses suites

22/08/2019

Perec

Georges

Penser / classer 

30/05/2016

Perec

Georges

Petit traité invitant à la découverte de l’art subtil du go

23/03/2025

Perec

Georges

Tentative d’épuisement d’un lieu parisien

09/07/2018

Perec

Georges

Un cabinet d’amateur, Histoire d’un tableau

13/06/2020

Perec

Georges

Un homme qui dort

02/10/2016


mardi 27 janvier 2026

70 bis, Entrée des artistes - Patrick Modiano, Christian Mazzalai

Il y a quelques mois, nous étions devant le 70 bis rue Notre-Dame-des-Champs quand nous avons surpris une Américaine essayant d'ouvrir la grille qui donne sur la rue.
[P.M.]

Christian Mazzalai et Patrick Modiano ont voulu faire ressurgir la bouillonnante vie artistique de ce coin de Montparnasse où, pendant plus d’un siècle, se sont succédé peintres, poètes et écrivains venus à Paris pour participer à l’élan créateur. À la manière de Modiano, leur projet s’appuie sur des archives : dessins, photographies, fragments d’histoire arrachés au passé. On y croise Monet, George Sand, Rodin, Picasso et bien d’autres. Mais ce sont aussi des créateurs anonymes qui, le temps d’une saison ou davantage, ont occupé l’un des ateliers du 70 bis ou des immeubles voisins. Difficile de ne pas être frappé par la densité d’artisans de l’imaginaire ayant fait pèlerinage rue Notre‑Dame‑des‑Champs, de 1850 à 1960 et même au‑delà. Toutefois, les figures, célèbres ou anonymes, passent, défilent, sans que le livre parvienne vraiment à leur donner corps. 

Modiano a toujours construit son œuvre sur le souvenir, la mémoire, les archives et les parcelles de passé. Pourtant, il manque ici, à mon sens, l’élément personnel : cet alter ego modianesque qui, d’ordinaire, se fait narrateur en quête de réminiscences, d’images imprécises, d’un passé jamais tout à fait clair, jamais tout à fait limpide, baigné dans un Paris enveloppé de brume.

70 bis, Entrée des artistes demeure ainsi un objet littéraire singulier, à la frontière de l’essai, du récit, du roman et de l’album illustré — un défi d’écriture où Modiano semble s’effacer pour laisser parler les lieux.

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Sur Rives et dérives, on trouve aussi :

Modiano

Patrick

Accident nocturne

18/05/2022

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Patrick

Encre sympathique

26/02/2020

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La danseuse

02/01/2024

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Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier

26/04/2021

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Rue des Boutiques Obscures 

24/08/2015

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Un pedigree

01/09/2021