dimanche 19 avril 2009

La traduction est une histoire d'amour - Jacques Poulin


Nue comme une truite, je sortais de l'étang avec une poignée d'algues dans chaque main, lorsque tout à coup je vis ma chatte se ruer tête baissée vers une petite chose noire qui descendait la côte menant au chalet.

Jacques Poulin, ce québécois de Quebec City, possède une écriture dont la simplicité cache la profondeur de la réflexion sur l'humain. Comme Pierre Morency (lui aussi de Québec), ce poète de la nature, aviaire notamment, il traduit en quelques mots et en prases toute simples des sentiments complexes, mais non tourmentés. Que ce soit dans Volkswagen Blues ou dans La tournée d'automne, Poulin réussit à décrire un amour ou une amitié qui se développe lentement, à la vitesse des saisons qui passent. On ne retrouve pas dans La traduction est une histoire d'amour les kilomètres et les mouvements, le voyage et la route, mais son écriture demeure poétique tant elle est dépouillée.

Les protagonistes de ce roman (monsieur Waterman, un écrivain solitaire, Marine, une traductrice et Limoilou, une adolescente délaissée) se retrouvent dans la plus récente livraison de Jacques Poulin, L'anglais n'est pas une langue magique que j'espère lire sous peu pour retrouver l'atmosphère qu'il sait si bien peindre.

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Sur Rives et dérives, on trouve aussi :

Poulin
Jacques
L’anglais n’est pas une langue magique
Poulin
Jacques
L’homme de la Saskatchewan 
Poulin
Jacques
Les yeux bleus de Mistassini
Poulin
Jacques
Un jukebox dans la tête 

Monsieur Dictionnaire

Il y a parmi nous, que je sache, quelques amateurs de la langue, quelques fans des dictionnaires et même quelques linguistes (eh oui). Je vous propose donc, par ce lien plusieurs minutes et demi de bonheur et de joie avec Monsieur Dictionnaire.

Il s'agit de capsules quotidiennes d'une minute et demi mises en onde par la RTBF juste avant le journal télévisé. Leur sujet en est la source et la racine des expressions de la langue française. Ces capsules ont toutefois la particularité d'être animée par Philippe Geluck (l'initiateur du Chat) et Jacques Mercier (homme de télé et de radio belge qui a animé Le jeu des dictionnaires que plusieurs connaissent) dans le décor sobre du Palais des académies à Bruxelles (Jacques Mercier porte d'ailleurs humblement la tenue d'un académicien).

Pour y accéder, on aura à choisir l'entrée Monsieur Dictionnaire dans le menu, puis 2009 et choisir l'une des émissions. Je vous souhaite de beaux moments avec Monsieur Dictionnaire.

Merci, monsieur Dictionnaire!

dimanche 12 avril 2009

Ces nombres qui n'existent pas - Barry Mazur


Rappelez-vous le Penseur de Rodin, ramassé dans son effort mental.

Le titre original était Imagining Numbers. Cela m'apparait plus pertinent. En effet, le sujet de cet ouvrage hybride est l'imagination et les nombres imaginaires et complexes, ceux qui se construisent à l'aide de l'impossible √-1.

L'auteur a fait le choix, discutable, de passer d'un thème à l'autre et de faire de chaque chapitre une rupture. On passe ainsi de l'image derrière le texte «le jaune de la tulipe» à certaines considérations historiques de la naissance du nombre complexe et de sa représentation.

Je ne fais peut-être pas partie du public cible de cet ouvrage, mais j'ai de la difficulté à le définir.

samedi 11 avril 2009

The Street, by Mordecai Richler

Comme certains d'entre vous le savent peut-être, je n'ai jamais autant lu en anglais que depuis que je suis en France. En partie pour ne pas oublier un élément que j'adore de Montréal, sa bilingualité. Et aussi parce j'ai la chance d'être fourni en matière première par la plus grande anglophile de Bordeaux (Françoise). Et pendant notre (court) séjour à Montréal, j'avais envie d'un petit pont vers cette autre culture qui fait aussi partie de moi. J'ai donc ramené The Street, dont l'auteur n'a plus besoin d'être présenté, et j'ai été délicieusement surpris par son contenu : une description pleine d'humour du ghetto juif du Mile-End dans les années 40, vu de l'intérieur, faite de petites histoires nostalgiques, de drames adolescents et d'auto-dérision.

Et ça éclaire pour moi les relations entre les communautés anglo, franco et juive de cette époque, quand un garçon, fan de Maurice Richard, explique que "if the Montreal Canadiens won the Stanley Cup it would infuriate the WASPs in Toronto, and as long as the English and French were going at each other they left us alone: ergo, it was good for the Jews if the Canadiens won the Stanley Cup." Et les stéréotypes croisés sur le pea-soup, un moron mâcheux de gomme, et sur le juif de St-Urbain, qui contrôle le marché noir et qui est secrètement riche comme crésus, sont méchants et délicieux, alors qu'au fond, explique Mordecai à propos de ses ennemis les French Canadians, "like us, they were poor and coarse with large families and spoke English badly."

vendredi 10 avril 2009

La charge de l'orignal épormyable - Claude Gauvreau


C'est effectivement toute une charge théâtrale. Ce texte, écrit en 1956 et présenté pour la première fois en 1972, surprend par sa modernité. Mycroft Mixeudeim, le protagoniste, une représentation de Claude Gauvreau, est aux prises avec la société, avec l'incompréhension de la société, avec la violence psychologique et physique de la société. C'est la crainte que cette violence vienne toucher ceux et celles qu'il aime qui le fait charger des portes fermées à double tour à la manière de cet orignal symbolique.

La violence, qui atteint un paroxysme surprenant, accompagne un flot de paroles qui se veut libérateur, qui veut se défaire du Québec de la grande noirceur, du Québec d'avant Le Refus Global dont Gauvreau aura été l'un des signataires.

La pièce était présentée en avril 2009 au Théâtre du Nouveau Monde. On a pu apprécié la scénographie efficace, la musique de Walter Boudreau qui venait accompagner de près le jeu et l'intensité dramatique de la prestation de François Papineau.

dimanche 5 avril 2009

La logeuse, roman tragique - Éric Dupont



Sur l'estran désert, errent une mère et sa fille parmi les cris stridents des mouettes et les algues flasques. (E.D.)


Ce roman se termine sur une phrase qui parle de l'auteur : Un jour, il faut bien apprendre à compter [à conter]. Éric Dupont sait conter. Il l'a démontré l'été dernier avec ses énigmes littéraires publiées dans Le Devoir. Il le fait sentir de façon encore plus aigüe dans ce roman gaspésien qui se déroule presqu'entièrement à Montréal, dans ce roman réaliste où le fantastique tient le haut du pavé, dans cette tragédie romanesque qui aurait pu s'intituler «Chercher le vent» si Guillaume Vigneault était né quelques années plus tard. Ce roman à tendance marxiste où les Arrière-petites-filles de Lénine se dévoilent à qui mieux-mieux nous laisse sur l'espoir de lire d'autres écrits de ce gaspésien, montréalais d'adoption.

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À propos de Dupont, sur Rives et dérives, on trouve aussi :

Dupont
Éric
La fiancée américaine