jeudi 30 juin 2016

Elles ont fait l'Amérique. De remarquables oubliés, tome 1 - Serge Bouchard et Marie-Christine Lévesque

Elles ont fait l'Amérique. Faire, dans le sens de parcourir, faire dans le sens de tisser.
Ce sont là des incursions dans l'histoire de l'Amérique et dans celles de femmes qui l'ont construite, qui l'ont arpentée, qui l'ont sillonnée en abattant des préjugés, en faisant avancer qui la science, qui la connaissance de la terre qui nous porte, qui la place des femmes dans une société qui évolue. Serge Bouchard et Marie-Christine Lévesque ont adapté le matériel utilisé pour la merveilleuse série radiophonique De remarquables oubliés pour en faire un ouvrage sur papier, le texte est ainsi adapté pour ce support. Cela fait en sorte que, malheureusement, on n’entend pas toujours à la lecture la voix envoûtante de Bouchard qui, à l'écoute, nous enveloppait dans ses stupéfiants contes de la réalité américaine. Mais la matière est là et, parfois, cela résonne autant et on est alors emporté dans cette Amérique faite de voyages métissés, de luttes contre les éléments et de victoires oubliées.

Aborder Elles ont fait l'Amérique, c'est se payer une aventure intime dans la mémoire enfouie de terres et de peuples d'Amérique.

Voici comment les auteurs présentent eux-mêmes leur ouvrage :
https://www.youtube.com/watch?v=DzdeW9ijnHI

dimanche 26 juin 2016

Flatland, une aventure à plusieurs dimensions - Edwin A. Abbott

[Archives Octobre 1992]
J'appelle notre monde Flatland (le Plat Pays), non point parce nous le nommons ainsi, mais pour vous aider à mieux en saisir la nature, vous, mes heureux lecteurs, qui avez le privilège de vivre dans l'Espace. [E.A. A.]

Il s'agit d'un excellent petit roman mathématique. Je relisais ce texte pour la deuxième ou troisième fois et j'en suis encore totalement amoureux. C'est une petite merveille de réflexions sur les dimensions et les contraintes qu'elles nous imposent, tout cela teinté d'humour, de mathématique, d'analyse sociologique, philosophique et théologique. Les aventures du Carré, protagoniste principal, nous entraînent vers une frontière difficile à transgresser sans remettre en cause nos ineffables perceptions du cadre dans lequel nous évoluons, la tridimensionnalité.

À lire et relire. À faire lire et à conseiller en lecture.

lundi 20 juin 2016

Les Diablogues et autres inventions à deux voix - Roland Dubillard

C'est à l'occasion de la pièce Les diablogues au Rideau vert que j'ai pris connaissance des écrits de Roland Dubillard. Je ne savais, avant cela, rien de cet auteur. Cela aura été une agréable découverte. La lecture, postérieure à la pièce, est venue confirmer à mes yeux certains choix scénographiques de la mise en scène de Denis Marleau, notamment l'environnement vieille France bien décalée. Le texte, me semble-t-il, portait en lui ce contexte à la fois daté et hors du temps. Ces dialogues diaboliques sont d'une tradition qui jette un regard cynique sur une certaine société qui n'est pas si désuète qu'on pourrait le croire, elle s'exprime aujourd'hui encore avec le même décalage sous d'autres formats, en d'autres lieux. Par cette mise en scène, le théâtre Ubu venait renouer, pour ma plus grande joie, avec des textes frôlant l'absurbe* et le surréalisme ludique.
On notera à cet égard, et tout particulièrement, le fameux Lamentabile du troisième mouvement, l'Ad libitum du quatrième, et, dans ce même quatrième mouvement, la vingt-huitième double croche à partir de la droite, double croche dont Richard Wagner a dit : « J'aurais aimé l'écrire » et qui annonce curieusement Mendelssohn. [R. D.]
Mieux vaut se rincer les dents dans un verre à pied que de se rincer les pieds dans un verre à dents. [R. D.]
Alors voilà ma femme qui entre. Au premier coup d’œil, je m'aperçois qu'elle est dans tous ses états. Peut-être pas dans tous, faut pas exagérer, mais tout de même dans un nombre assez considérable d'états. [R. D.]
UN : Oui, vous verrez. Ça effraie, au début, on se dit vingt-six lettres, c'est au moins une douzaine de trop, et puis finalement, elles y passent toutes. DEUX: Reste à savoir dans quel ordre. [R. D.]
* Tout ce que ça raconte, c'est même pas vrai, c'est pour ça que c'est absurbe. Et puis d'abord, qu'est ce qui est vraiment vrai, hein? Même l'absurbe ça existe pas, puisqu'en réalité, ça s'écrit avec un d. [Marcel Gotlib, Rubrique-à-brac]

vendredi 17 juin 2016

La journée d'un scrutateur - Italo Calvino

 [Archives Janvier 1991]
 Amerigo Ormea sortit à cinq heures et demie du matin. [I. C.]
J'ai revécu, en lisant La journée d'un scrutateur, deux expériences passées : tout d'abord, mes années de travail à l'hôpital psychiatrique St-Jean-de-Dieu (l'actuel Institut universitaire en santé mentale de Montréal), en la Cité de Gamelin (l'hôpital et son territoire avaient statut de municipalité). La description que Calvino fait du Cottolengo de Turin m'a remis en mémoire l'architecture bizarroïde de St-Jean-de-Dieu. Le rapprochement est frappant. Mais Amerigo, le personnage central, ne voit pas que l'architecture, il rencontre aussi des êtres, les religieuses et les patients qui sont également de l'image que St-Jean-de-Dieu a imprimée dans ma mémoire.
L'institution occupait à elle seule tout un quartier; elle comprenait un ensemble d'asiles, d'hôpitaux, d'hospices, d'écoles et de couvents, presque une ville dans la ville, ceinte de murs et soumise à d'autres lois. Elle avait les contours irréguliers d'un corps qui a grandi par à-coups, au hasard des legs, constructions et initiatives; derrière les murs pointaient des toits, des clochers d'églises, des cheminées, des frondaisons; quand la rue séparait deux bâtiments, ils étaient unis par des passerelles couvertes, comme certaines vieilles bâtisses industrielles qui ont grandi en fonction des commodités bien plus que de l'esthétique, et qui sont elles aussi entourées de murs nus ou de grilles. [I. C.]

L'autre souvenir en résurgence est celui d'une journée passée debout dans le gymnase d'une école pour agir comme « agent de sécurité » dans un bureau de vote au moment d'une quelconque élection (scolaire?). Médiocre expérience!

Mais, quel petit livre! J'ai été touché!

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Sur Rives et dérives, un commentaire à propos d'Italo Calvino :

Calvino
Italo
Si par une nuit d’hiver un voyageur 

dimanche 12 juin 2016

La comédie du langage suivi de La triple mort du client - Jean Tardieu

[Archives Février 1992]
- Un dix de trèfle, une dame de coeur, un valet de pique, un chat de gouttière, une vache à lait... Voyons! Voyons! Je retourne encore celle-ci, oeuf à la coque, gare de triage et voici l'as de carreau! [Jean Tardieu dans Les mots inutiles]
J'aime bien lire du théâtre. Quand c'est du théâtre qui se joue des mots, j'aime encore mieux.

De ce recueil de courtes pièces, je retiens particulièrement :
Un mot pour un autre dont j'avais déjà eu connaissance par un extrait dans La petite fabrique de littérature, je crois;
Finissez vos phrases! ou Une heureuse rencontre qui a bien fait rire Catherine et Emmanuelle;
Les mots inutiles avec M. Pérémère et Mme Pérémère.
Ce que parler veut dire ou Le patois des familles, un véritable cours;
Conversation-Sinfonetta, de la musique en mots ou des mots musicaux - à mettre en parallèle avec Le trésor de la langue du guitariste René Lussier, cela réside d'un même espoir de fondre les deux concepts.

- Oh! Chère amie. Quelle chance de vous...
- Très heureuse, moi aussi. Très heureuse de ... vraiment oui! 
- Comment allez-vous, depuis que...? 
- Depuis que ? Eh! Bien! J'ai continué, vous savez, j'ai continué à ...
[J. T. dans Finissez vos phrases!]

mardi 7 juin 2016

Le sculpteur - Scott McCloud

Voici donc une BD (un roman graphique diront certains) imposante. Sur plus de 400 pages, Scott McCloud, que je ne connaissais pas, mais qui est à la fois bédéiste, américain et théoricien du 9e art, nous offre le parcours multiple de David Smith, jeune sculpteur de 26 ans en quête de succès, en quête de reconnaissance, en quête d'amour, en quête de réalisation artistique, en quête d'identité. Le sculpteur, c'est une oeuvre qui revisite le mythe de Faust dans un New York d'aujourd'hui, un New York des galeries d'art et des musées, un New York architectural rendu en bichromie noir et bleu. Le trait est magnifique, l'utilisation de la page est souvent originale et sert bien le texte. Toutefois, ce texte, cette histoire, n'a pas la profondeur qu'on aurait pu lui espérer. Le mythe de Faust se trouve-t-il grandi de cette nouvelle interprétation? L'attente était peut-être trop grande. C'est quand même une lecture qui, sans soulever les passions, m'aura plu.