lundi 26 février 2018

Le grand roman des maths - Mickaël Launay

"- Oh, moi, j'ai toujours été nulle en maths!" Je suis un peu blasé. Cela doit bien faire la dixième fois que j'entends cette phrase aujourd'hui. [M.L.]
Cette phrase, je l'entends moi aussi souvent lorsque je mentionne au détour d'une discussion que j'ai enseigné les mathématiques pendant trente ans. Mickaël Launay est un joyeux vulgarisateur. Sa chaîne Youtube Micmaths et son site du même nom sont merveilleux d'inventivité. On a là un bric-à-brac mathématique qui permet à tout un chacun d'apprécier et vivre quelques découvertes mathématiques. Le grand roman des maths procède de la même énergie. Il s'aventure à l'intérieur de la trame historique des mathématiques et en fait ressortir, sur une dizaine de chapitres, des moments forts, de l'invention des nombres, de la géométrie, des symboles ou de la logique au concept d'infini en illustrant ce parcours d'anecdotes, d'histoires et de personnages intéressants.

Un très bon livre à suggérer à quelqu'un qui se demanderait pour quelle raison on peut s'intéresser aux mathématiques et à leur histoire.
Une belle théorie est une théorie économe, sans déchets, sans exceptions arbitraires ni distinctions inutiles. C'est une théorie qui dit beaucoup en peu, qui fixe l'essentiel en quelques mots, qui va droit à l'impeccable. [M.L.]
Quand le cube et les choses se trouvent égalés au nombre.
Trouves-en deux autres qui diffèrent de celui-ci.
Ensuite comme il est habituel
Que leur produit soit égal
Au cube du tiers de la chose.
Puis dans le résultat général.
De leurs racines cubiques bien soustraites.
Tu obtiendras ta chose principale.
[Tartaglia cité par M.L.] 
En 1960, le physicien Eugene Wigner parlera quant à lui de la «déraisonnable efficacité des mathématiques». [M.L.]
Le scientifique recherche la vérité et, parfois, y trouve par hasard la beauté. L'artiste recherche la beauté et, parfois, y trouve par hasard la vérité. Le mathématicien, de son côté, semble oublier par moments qu'il existe une différence entre les deux. Il cherche simultanément l'une et l'autre. Trouve indifféremment l'autre et l'une. Il mélange le vrai et le beau, l'utile et le superflu, l'ordinaire et l'invraisemblable comme autant de couleurs qui se mêlent sur sa toile infinie. [M.L.]
Il y a dans les mathématiques, même simples, une source inépuisable d'étonnement et d'émerveillement. [M.L.] 

jeudi 22 février 2018

Le jumeau solitaire - Harry Mathews

Berenice Tinker dit : "Plus le vin te plaît, plus tu es séduisant. Tu es radieux malgré ton air réservé." [H.M.]
J'avais bon espoir en abordant ce récent et ultime roman de Harry Mathews. Mathews est un auteur américain qui, dans les années soixante-dix, a été proche des oulipiens. Deux de ses romans ont d'ailleurs bénéficié d'une traduction de Georges Perec, Les Verts Champs de moutarde de l'Afghanistan et Le Naufrage du stade Odradek. J'avais bien aimé lire Ma vie dans la CIA publié en 2005 où il jouait adroitement sur une ligne entre vérité et fabulation. Ici, dans Le Jumeau solitaire, on a quelque chose de plus convenu, un pseudo-polar autour de l'existence dans une même petite communauté de deux jumeaux identiques dans leur apparence, mais distincts dans leurs comportements, deux jumeaux qui intriguent un couple de visiteurs qui en feront l'objet de leurs recherches. L'écriture bien que teintée d'un certain humour n'est pas à mon sens remarquable et le fil de l'histoire se développe sans surprise au gré des pages jusqu'à une conclusion qui m'a laissé sur une certaine déception.
Publier des livres que j'aime, ça me rend heureux, et je sais à quel point c'est un privilège dans mon domaine d'activité. [H.M.]

lundi 12 février 2018

L'éternité dans une heure, la poésie des nombres - Daniel Tammet

Dans une petite ville de la banlieue de Londres où il ne se passait jamais grand-chose, ma famille était peu à peu devenue un grand sujet d’étonnement. [D.T.]
Daniel Tammet, cet écrivain autiste Asperger dont j'avais lu avec intérêt, il y a quelques années Je suis né un jour bleu, nous livre ici un ouvrage d'une autre teneur. Il s'intéresse, de chapitre en chapitre, à diverses façons d'aborder les chiffres, les nombres, les mathématiques et leurs structures, mais son approche des concepts se fait à travers son expérience personnelle, ici par une anecdote, ici par une découverte, mais toujours par un levier issu de sa vie. Cela a l'intérêt d'accorder une touche d'humanité à un sujet que d'aucuns considèrent comme froid et même ennuyeux. Il explore les liens entre mathématiques et imagination, entre mathématiques et littérature. D'entrée de jeu, il cite Ricardo Nemirovsky et Francesca Ferrara, des spécialistes de l'étude de la cognition mathématique pour affirmer sans ambages que « comme la fiction littéraire, l’imagination mathématique se nourrit de possibilités pures ». Il réussit, je crois, à accomplir son mandat et à entraîner plusieurs de ses lecteurs dans le plaisir des nombres.
Si on sait les regarder, les nombres font de nous des humains meilleurs. [D.T.]
Chaque flocon, aussi unique que chaque nombre, nous apprend quelque chose sur la complexité. Voilà peut-être pourquoi nous ne nous lasserons jamais de les admirer. [D.T.]
Gagner aux échecs, c’est simple : la victoire appartient à celui qui commet l’avant-dernière erreur. [D.T.]
Je sais que la nuit est favorable à l’imagination; à cette heure, dans toute la ville, des artistes taillent leurs crayons, mouillent leurs pinceaux et accordent leurs guitares. D'autres, avec leurs théorèmes et leurs équations, s'adonnent de la même façon aux possibilités du monde. [D.T.]

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Tammet
Daniel
Je suis né un jour bleu 

lundi 5 février 2018

À peine un petit air de jazz - Gilles Archambault

Quand je m'en sens la force, je marche jusqu'à la rue Union, tu sais, celle que nous empruntions lorsque tu venais me retrouver. [G.A.]
C'est à une écriture de l'intime que nous convie Gilles Archambault. Dans trente-quatre brèves nouvelles se croisent amertume, nostalgie, ennui, bonheur effacé, bonheur furtif, tristesse assumée, désenchantement, sérénité tranquille... En quelques pages, voire quelques lignes, Archambault donne vie à des personnages qui, souvent, semblent partager avec leur auteur plein de secrets inavoués, plein d'expériences de quotidiens sans éclat, plein de morosités. Et, au travers ces tranches de vie, on ne peut faire que le constat que c'est beaucoup de nous dont l'auteur se nourrit. On reconnaît au passage sa propre citation, son propre état de désarroi devant la vie, devant le temps qui court, devant l'âge qui s'accumule dans nos courbatures ou la couleur de nos cheveux restants.

À relire le paragraphe précédent, mon commentaire pourrait paraître négatif. Et pourtant, ce que je voudrais transmettre c'est en premier lieu la maîtrise avec laquelle Archambault manie les mots pour nous plonger dans cet état d'intime regard sur soi et sur sa vie passée, regard qui peut prendre une teinte de mélancolie sans du tout devenir lancinant.

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Archambault
Gilles
L’ombre légère