mardi 23 juin 2026

L'œuvre posthume de Thomas Pilaster - Éric Chevillard

La question restera posée : doit-on ou non publier après sa mort les œuvres inédites d'un écrivain à tort ou à raison tenu pour important, lorsqu'il n'a pas exprimé de vœu en ce sens? [É.C.]

Le dispositif imaginé par Chevillard ne tranche pas la question posée en exergue. Il la reprend plutôt, et la complique d'un cran. Sous couvert d'édition critique, on nous donne à lire l'œuvre posthume de Thomas Pilaster, accompagnée des commentaires de son ami et exécuteur littéraire, Marc-Antoine Marson, poète de son état. Là où l’on s’attendrait à un appareil critique bienveillant, voire louangeur, Marson s’emploie à miner systématiquement l’auteur qu’il prétend servir. Son amitié proclamée s’avère être un étrange alibi : il multiplie les attaques, soulignant les « faiblesses évidentes et les grossières maladresses » de Pilaster, son absence de style, ses redondances et l'inutilité de ses écrits, allant jusqu'à conseiller de ne s'attarder que sur ses propres notes plutôt que sur le texte annoté. On devine que l’acharnement dissimule une histoire plus complexe qu’une simple rivalité entre écrivains.

Vous ne trouverez ni Pilaster ni Marson dans aucun dictionnaire des écrivains : Chevillard les a inventés de toutes pièces, jusqu'à leur prêter cette dispute posthume qui n'aura jamais lieu que dans cette fiction. Le procédé n'est pas neuf. On pense à Pierre Ménard chez Borges, ou encore, à ce Hugo Vernier que Perec faisait surgir dans Le Voyage d'hiver. Toutefois, Chevillard pousse l'astuce un peu plus loin : ici, l'appareil critique en vient à détruire l'œuvre qu'il est censé éclairer. Le lecteur ne sait plus trop à qui se fier, et la question posée en ouverture, loin d'être résolue, se déplace : ce n'est plus Pilaster qu'il faut juger, mais Marson.

Que j'aime, décidément, ces procédés qui font intervenir des apocryphes fictionnels dans une mise en abyme littéraire.

Plus souvent, beaucoup plus souvent comme un elfe dans un magasin de porcelets. [É.C.]
Sujet. Imaginer une biobibliographie d'écrivain à partir des quatre mots suivants : raie, mont, rousse, aile. [É.C.]

Il est mort serein. - On le serait à moins. [É.C.]

Quel est le sexe des angles? [É.C.]

Quand on passe sans interruption d'un livre à l'autre, il faut un moment pour que l'œil - dont la pupille doit alors se rétracter ou se dilater - et l'esprit s'accoutument aux phrases du second. Nous le lisons d'abord comme nous lisions celles du premier et l'illusion que nous avons changé ni de livre ni d'auteur, quelles que soient leurs différences, peut persister durant plusieurs pages. [É.C.]

La littérature de premier jet, c'est bien, à condition de viser la corbeille. [É.C.]

La rumeur qui monte des cours de récréation - ces sifflets, ces clameurs, ce cri perçant tout à coup - est la même partout depuis toujours, exactement, c'est la même bande-son qu'on diffuse, il faudra me prouver le contraire. [É.C.]
___________

Sur Rives et dérives, on trouve aussi :

Chevillard

Éric

La nébuleuse du crabe

18/03/2019

Chevillard

Éric

Le désordre azerty

17/11/2021

Chevillard

Éric

Oreille rouge

12/08/2025

Aucun commentaire: