dimanche 15 janvier 2017

La succession - Jean-Paul Dubois

Ce furent des années merveilleuses. [J.-P.D.]
Quel bonheur de retrouver le personnage récurrent de Jean-Paul Dubois qui s'incarne ici en un médecin décrocheur du nom de Paul Katrakilis qui vit à Miami sa passion pour la Cesta Punta. Paul appartient à une famille dysfonctionnelle. Il en devient le dernier membre vivant après le suicide quelque peu insolite d'Adrian, son père, médecin également. C'est cet événement qui le ramènera à contrecoeur dans la maison familiale et son Toulouse natal. De là émergeront de nouvelles réflexions sur sa vie, sur son parcours, sur les êtres qu'il a côtoyés, sur l'ombre qui plane sur sa famille. Il portera encore un regard désabusé sur la vie et sur ses contemporains. C'est ce regard mélancolique de Dubois qu'on retrouve avec sourire dans les pensées de Katrakilis.

La prose de Dubois me séduit encore et toujours.
J'ai lu qu'à 2% de CO2 dans l'air, la respiration devient plus ample. À 4%, elle s'accélère. À 10%, on transpire, des tremblements apparaissent et la vue se brouille. À 15%, on perd connaissance et ensuite, au-delà de 20%, le coeur s'arrête, la respiration avec lui, et toute la mémoire des joies, des odeurs, des sentiments, des habitudes, les clés de la voiture, l'heure de la montre, les résultats sportifs, toutes ces choses qui nous relient au monde, tout cette splendide médiocrité qui fait une vie, tout cela s'arrête définitivement. [J.-P.D.]
Et parfois mon oncle se glissait dans ma mémoire pour me rappeler que dans la vie, il n'existait pas de marche arrière. [J.-P.D.]
 Au moment où j'étais sur le point d'identifier le Jardin des Plantes tout proche de chez moi, l'Airbus amorça un virage sur la gauche, effaçant d'un coup d'aile l'histoire de ma jeunesse. [J.-P.D.]
 ...écouter la sonorité si distincte que peut produire la voix des gens heureux.  [J.-P.D.]
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Sur Rives et dérives, à propos de Jean-Paul Dubois, on peut lire aussi :


Dubois
Jean-Paul
Kennedy et moi
Dubois
Jean-Paul
La vie me fait peur 
Dubois
Jean-Paul
Le cas Sneijder 
Dubois
Jean-Paul
Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon
Dubois
Jean-Paul
Une vie française 

mardi 10 janvier 2017

Les mathématiques dans l'ensemble - Yasmina Liassine

[Archives Septembre 2003]
L'étude des mathématiques est une occupation inutile peut-être, mais du moins parfaitement bénigne et innocente. [G.H.Hardy]
L'ouvrage de Yasmina Liassine déborde de citations délicieuses, de ponts entre les mathématiques et les arts, de visions larges et humaines des mathématiques, de regards vulgarisés sur la science mathématique. Yasmina Liassine illustre sa publication de toiles, de gravures, de peintures qui ont un lien qui ne soit pas du premier degré avec les mathématiques. On citera ici Queneau, Tardieu, Perec, Victor Hugo, Voltaire, mais aussi Fermat, Bourbaki, Hilbert, Platon. Ce serait un magnifique petit recueil à livrer dans le cadre d'un cours de culture mathématique.

mercredi 4 janvier 2017

Au péril de la mer - Dominique Fortier

La première fois que je l'ai vu, j'avais treize ans, un âge dans les limbes entre l'enfance et l'adolescence, alors qu'on sait déjà qui l'on est mais qu'on ignore si on le deviendra jamais. [D.F.]
En vérité, j'avais peur, comme chaque fois qu'on revient sur les lieux de son enfance, de les trouver diminués, ce qui signifie de deux choses l'une : ou bien ils ne nous étaient apparus grands que parce que nos yeux étaient petits, ou bien nous avions perdu en route la faculté d'être ébloui, deux constatations également accablantes. [D.F.]
Nous sommes devant un texte qui se situe entre le roman historique et le carnet d'écriture, entre l'aventure séculaire du Mont-Saint-Michel et l'entreprise de sa mise sur papier en forme éditée, entre l'histoire des manuscrits de la bibliothèque montoise et celle d'un cahier qui prend forme et s'étale sous la pluie. C'est l'amour des livres et de leur liberté qui unit ces deux contes, ces deux narrations, celle d'un peintre devenu copiste au Mont-Saint-Michel et celle d'une narratrice qui, aujourd'hui, en raconte l'histoire au travers celle de l'abbaye et de son sriptorium. C'est à un périple poétique que nous convie Dominique Fortier, un parcours dans les siècles du Mont-Saint-Michel, de ses diverses constructions et fonctions. J'ai bien aimé la suivre dans cette expérience.


J'ai adoré et je me promets bien sûr de lire également Du bon usage des étoiles.
Mais en vérité, il ne bâtissait pas avec de la pierre, il construisait entre les pierres. Sous la croix aux bras écartés comme la vergue d'un mât de misaine, les pierres ne servaient qu'à encadrer l'essentiel : la lumière, qui déferlait en vagues dorées dans la nef, à la fois église et navire. [D.F.]
Ainsi, pour entendre les livres, il ne suffisait pas de savoir déchiffrer les lettres, il fallait aussi savoir lire ce qui n'était pas écrit. [D.F.] 
En croyant parler des autres on ne parle que de soi-même et qui pense faire le portrait d'une église ou d'une pomme se trouve encore à dessiner son propre visage sur le papier. [D.F.]


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Sur Rives et dérives, on trouve aussi :

Fortier

Dominique

Du bon usage des étoiles

08/01/2019

Fortier

Dominique

Les larmes de saint Laurent

01/04/2020

Fortier

Dominique

Les villes de papier

16/08/2020

lundi 26 décembre 2016

La vie secrète du commis comptable - Nicolas Guay

Il y a des matins où l'on se lève du mauvais pied et il y a des matins où l'on voit la vie en rose. [N.G.]
Nicolas Guay (Le machin à écrire)  nous avait offert L'insoutenable gravité de l'être (ou ne pas être) rassemblant des formes courtes, aphorismes, maximes et fragments de twittérature. Il avait regroupé de brèves nouvelles dans Comme un léger malentendu tout en poursuivant l'écriture soutenue de son blogue. La dernière publication des éditions Le machin à écrire explore La vie secrète du commis comptable.
[...] son existence n'était plus que la répétition de processus quotidiens, hebdomadaires et mensuels découpés à l'emporte-pièce, une vie simple dont les paramètres demeuraient dans la moyenne, sans écarts significatifs. [N.G.]
Nicolas Guay nous amène sur un terrain que nous ne soupçonnions pas, l'univers caché du commis comptable, au-delà des clichés, par l'entremise de six nouvelles où les protagonistes sont tous des commis comptables, un monde s'ouvre sur des vies méconnues, sur des parcours autres et plus surprenants qu'on ne le penserait.
Érik était commis comptable. Il  travaillait au service de comptabilité d'un grand bureau d'ingénierie montréalais, occupant un cubicule anonyme au énième étage d'une tour du centre-ville. [N.G.]
Karl est commis-comptable dans une compagnie d'assurance. Il range des nombres, les met en ordre, en fait de belles colonnes, les additionne, les bichonne. [N.G.] 
Du lundi au vendredi, tous les matins, il s'installe à son bureau dans son petit cubicule, il allume son ordinateur et plonge dans ses tableaux de nombres à deux décimales. [N.G.] 
Vous trouverez ici la bande-annonce de La vie secrète du commis comptable.

J'ai pris un littéraire plaisir à m'aventurer à l'intérieur de ces brefs récits de vies.

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Sur Rives et dérives, à propos de Nicolas Guay, on trouve :

Guay
Nicolas
Comme un léger malentendu 
Guay
Nicolas
L’insoutenable gravité de l’être (ou ne pas être) 

lundi 19 décembre 2016

L'immeuble Yacoubian - Alaa El Aswany

[Archives Octobre 2007]
Cent mètres à peine séparent le passage Bahlar où habite Zaki Dessouki de son bureau de l'immeuble Yacoubian, mais il met, tous les matins, une heure à les franchir car il lui faut saluer ses amis de la rue : les marchands de chaussures et leurs commis des deux sexes, les garçons de café, le personnel du cinéma, les habitués du magasin de café brésilien. [A.El A.]
J'ai lu L'immeuble Yacoubian alors que j'étais en voyage à Conakry en Guinée. Cela a donné une lumière particulière sur cette lecture. Les lieux qui s'étalaient devant moi entraient d'une certaine façon en résonance avec ceux qui m'étaient livrés par la lecture. Il y avait une certaine synchronie entre ce que je voyais, je sentais et vivais, et ce que je lisais de telle sorte que la pauvreté de la terrasse de l'immeuble Yacoubian prenait une dimension différente et s'incarnait devant moi. C'est une lecture dont je garde un très bon souvenir.