Christian se réveille seul. Il enfile ses jeans, ses pantoufles, passe une chemise en sortant de la chambre. Les ombres glissent sur les murs nus du rez-de-chaussée comme si, derrière la grande fenêtre, le vent remuait la lumière. [P.N.]
On retrouve dans La sélection naturelle le narrateur habituel de Patrick Nicol, cet enseignant de cégep désabusé. Mais, cette fois, la retraite l'a rattrapé, et avec elle un déracinement qu'il n'avait pas prévu : Christian a suivi sa conjointe mutée dans une nouvelle ville et erre, sans emploi ni repères, dans une existence qui lui échappe.
Ce n'est plus le regard résigné de Pierre dans J'étais juste à côté, ni la tendresse douloureuse du fils de La nageuse au milieu du lac : la colère de Christian, longtemps contenue, éclate un soir de souper trop arrosé, devant le discours réactionnaire d'un hôte, et le geste qui en résulte le précipite dans une fuite qu'il croit être celle d'un homme recherché pour meurtre. Le roman suit cette cavale faite de rencontres improbables, où l'écoanxiété, l'injustice intergénérationnelle et le radicalisme d'une jeunesse désabusée viennent se placer en phase avec la propre désillusion de Christian, celle d'un homme qui découvre, la retraite venue, qu'il n'a plus de prise sur le monde qu'il laisse derrière lui.
Patrick Nicol n'a rien perdu de ce style personnel qui m'avait happé il y a trois ans. Son écriture sonne toutefois ici plus grave, plus urgente, à l'image de notre époque.
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Sur Rives et dérives, on trouve aussi :
Nicol | Patrick | J’étais juste à côté | |
Nicol | Patrick | La nageuse au milieu du lac |

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