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lundi 17 mars 2025

Mauvaises méthodes pour bonnes lectures - Eduardo Berti

Commencez à lire un livre. Avant d'arriver à la moitié (à la page 130, par exemple), perdez-le. Trouvez-en un autre. Faites comme si c'était le même livre, allez à la page 130 et lisez de là jusqu'à la fin. Vous devrez peut-être faire un certain nombre d'adaptations : comprendre que Marie s'appelle maintenant Tania, que la ville rurale du Texas est maintenant un quartier de Novossibirsk, que monsieur Wilkinson n'a plus de poulets parce que Mme Ivanov et les deux chèvres de Mme Ivanov ont largement pris leur place. Des situations de ce genre. Dites-vous que c'est à ça que servent les bons lecteurs. [E.B.]

D'Eduardo Berti, j'avais lu Un père étranger et cela avait suffi pour que je veuille à nouveau croiser son œuvre, d'autant plus que j'avais alors appris que, depuis 2014, il avait rejoint la bande des oulipiens. Mauvaises méthodes pour bonnes lectures s'inscrit tout à fait dans cet esprit de potentialités des lectures, dans un projet d'éclatement des méthodes traditionnelles de lectures pour s'engager allègrement dans un univers ludique qui donne à la lecture un nouveau vernis, une série d'ouvertures vers le jeu, vers l'amusement, le sourire et même le rire en parcourant les pages d'un ou plusieurs livres. Dans son Argentine natale, où sa formation scolaire s'est réalisée sous la dictature, le livre et son contenu devenaient un objet sérieux et dangereux. Dans cet esprit, imaginer une série de méthodes pour jouer avec le livre et la lecture constitue un pas vers la libération. Les détournements que propose Eduardo Berti dans cet opuscule sont autant de voies vers le loufoque, le farfelu et le déconcertant, mais cela nous pousse dans des tranchées où la réflexion sur notre pratique de la lecture devient incontournable. J'ai adoré m'aventurer ainsi avec Berti dans cet espace de lecture créative.

Un hapax est un mot qui n'apparaît qu'une seule fois dans un livre spécifique, soit dans l'ensemble de l'œuvre d'un auteur. [E.B.] 


samedi 21 décembre 2024

Lise Bissonnette, Entretiens - Pascale Ryan

Intellectuelle engagée, femme d’idées et d’action, Lise Bissonnette est à la fois observatrice, analyste et partie prenante de la société québécoise depuis près de cinquante ans.  [P.R.]

Depuis un bon moment, je me promettais de lire ce texte où Lise Bissonnette, guidée par les questions de Pascale Ryan, se raconte, fait le portrait de son parcours, et, par le fait même, raconte le Québec et fait le portrait d'un parcours intellectuel dans le Québec d'après la Révolution tranquille. Je n'aurai pas été déçu. De son Abitibi natale où sa formation souffre des reliquats de la Grande noirceur à son itinéraire professionnel au cœur de plusieurs des grandes institutions québécoises, Lise Bissonnette se livre en démontrant encore une fois toute sa passion. Elle témoigne de son attachement à l'idéal qui a fondé la transformation et la modernisation du Québec dans les années 60 et 70. Elle déplore que de grandes réalisations, comme le réseau public de l'Université du Québec, la Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ), le Parc olympique demeurent, encore aujourd'hui, des promesses inachevées. 


Elle raconte son initiation au journalisme, qui débute par le journalisme étudiant, notamment au Quartier Latin, qu'elle considère comme un lieu important de sa formation et de son ouverture à la culture. Elle raconte son implication à la direction du Devoir où certains de ses éditoriaux marquent encore l'histoire.


Tout au long de ces entretiens, c'est le regard de Lise Bissonnette sur la société et son analyse affûtée qui sont mis de l'avant à travers l'histoire de son engagement. 

Une bibliothèque est d’abord un lieu de culture, elle incarne la transmission du savoir dans toutes les disciplines accessibles par la lecture, elle a soutenu le développement des démocraties et incarné ailleurs la résistance aux obscurités. [L.B.]

De toutes les fonctions dont j’ai eu la charge, la création de la Grande Bibliothèque, puis de la BAnQ, a été pour moi la plus heureuse. J’ai eu la chance inouïe de faire advenir un changement très important pour l’accès des Québécois à la culture, à la connaissance et au savoir, et ce, à une époque où on n’y croyait plus, où le service public semblait avoir atteint ses limites. Nous l’avons fait plutôt bien, je pense. La trajectoire a été droite, je m’en étonne encore aujourd’hui. [L.B.] 

mercredi 28 août 2024

Parlons philosophie - Normand Baillargeon

Au printemps 2024, Normand Baillargeon regroupait un ensemble d'entretiens qu'il avait mené entre 1994 et 2010 auprès de figures marquantes de la philosophie et de la pensée contemporaine, principalement anglo-saxonne. L'auteur y voyait l'occasion de faire connaître des œuvres, des idées, qui ont participé aux réflexions sur la philosophie analytique, sur l'éthique et la politique, sur la pensée critique et, de façon générale, sur la société. Si certaines entrevues me sont apparues un peu trop spécialisées pour quelqu'un qui n'est pas du domaine, la plupart étaient accessibles et ouvraient la porte à d'autres questions, d'autres curiosités, qui, j'imagine, pourraient trouver réponse dans les divers textes placés en bibliographie après chacune des entrevues. Je connaissais quelques noms parmi les intervenants rencontrés par Normand Baillargeon, mais pour plusieurs, ce fut une première rencontre, peut-être un peu brève, mais suffisante pour prétendre susciter de prochaines lectures. 

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Heureux sans dieu 

29/06/2010

Baillargeon

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L’arche de Socrate, petit bestiaire philosophique

05/06/2019

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Légendes pédagogiques : l’autodéfense intellectuelle en éducation 

09/05/2015

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Liliane est au lycée 

03/08/2014




vendredi 12 juillet 2024

Pouvoirs de la lecture - Peter Szendy

Lorsque je lis, une voix en moi m’intime de lire (« lis ! »), tandis qu’une autre s’exécute, prêtant sa voix à celle du texte, comme le faisaient les antiques esclaves lecteurs que l’on rencontre notamment chez Platon. [P.S.]

J'avais pu écouter l'auteur en entrevue sur France-Culture. Sa référence à une petite voix que certains entendent dans leur tête alors qu'ils lisent, une petite voix qui leur fait, en quelque sorte, la lecture, m'avait intrigué parce que je suis de ceux qui perçoivent cette subvocalisation. Elle m'accompagne dans mes lectures. J'étais donc curieux de lire cet essai qui en dresse l'histoire, de la lecture publique à voix haute, réalisée parfois par un esclave, à une lecture pour soi où il n'y a que le lecteur qui perçoit cette voix intérieure. L'auteur appuie ses analyses et sa démarche sur des extraits de textes marquants, des textes grecs, Platon en tête, aux œuvres plus récentes, celles de Sade, de Flaubert ou de Calvino, notamment. De la voix intérieure qui fait la lecture, il passe à la voix du texte qui s'adresse au lecteur (ou à la lectrice). On aura reconnu Si par une nuit d'hiver un voyageur d'Italo Calvino, un archétype de l'adresse au lecteur bien que d'autres, avant Calvino, aient utilisé ce processus d'écriture, qu'on pense, à titre d'exemple, à Laurence Sterne dans La vie et les opinions de Tristram Shandy Et puis, il y a la voix impérative qui nous dit : Lis! ou Ne lis pas! Entre l'auteur, le lecteur et l'auditeur, le processus de la lecture apparait plus multiforme qu'on aurait pu le concevoir et Peter Szendy s'est donné comme mandat de soulever quelques paradoxes de ce mécanisme qui fait intervenir plus d'une voix, plus d'un objectif, plus d'un résultat. J'ai aimé ce parcours dans le monde insoupçonné de la lecture, même si cela demeure une marche ardue à travers les raisonnements et les références de l'auteur. 

mercredi 28 février 2024

L'abécédaire de Michel de Montaigne - Michel Magnien


Avec son sens aigu du paradoxe, vu sa solide culture humaniste, Montaigne n’était pas loin de recommander à ses lecteurs une « ignorance abécédaire ». [M.M.]

La formule de l'abécédaire peut parfois être intéressante dans le sens où elle permet de regrouper des éléments épars dans l'œuvre étudiée sous un nombre restreint de thèmes organisés de façon arbitraire selon l'ordre alphabétique. Parfois, aussi, cette façon de faire éclate les idées du texte et les morcelle dans une suite qui n'a de sens que par la première lettre des mots mis en évidence. Cette fois-ci, à la lecture de ce parcours dans les réflexions de Michel de Montaigne, je crois que j'ai ressenti plus d'une fois le désarroi dans les sauts thématiques que l'alphabet nous dessine. À travers cela, bien sûr, j'ai tout de même apprécié lire et relire les idées de ce philosophe humaniste et je ne m'en suis pas privé. 

[...] à mesure que la possession du vivre est plus courte, il me la faut rendre plus profonde et plus pleine. [Montaigne]

Assignation - Il y a du travail à jouir de la vie ; j’en jouis au double des autres, car la mesure en la jouissance dépend du plus ou moins d’application que nous y prêtons. [Montaigne]

Citations - Qu’on voie, en ce que j’emprunte, si j’ai su choisir de quoi rehausser ou secourir proprement l’invention, qui vient toujours de moi. Car je fais dire aux autres, non à ma tête, mais à ma suite, ce que je ne puis si bien dire, par faiblesse de mon langage, ou par faiblesse de mon entendement. [Montaigne] 

Franchise - Un parler ouvert ouvre un autre parler et le tire hors, comme fait le vin et l’amour. [Montaigne]

Et si j’eusse eu à dresser des enfants, je leur eusse tant mis en la bouche cette façon de répondre enquêtante, non résolutive : « Qu’est-ce à dire ? Je ne l’entends pas. Il pourrait être. Est-il vrai ? », afin qu’ils eussent plutôt gardé la forme d’apprentis à soixante ans que de se prendre pour des docteurs à dix ans, comme ils font. Qui veut guérir de l’ignorance, il faut la confesser. [Montaigne] 

Sagesse - Quand bien nous pourrions être savants du savoir d’autrui, au moins sages ne pouvons-nous être que de notre propre sagesse. [Montaigne] 

Solitude - Je trouve aucunement plus supportable d’être toujours seul que de ne le pouvoir jamais être. [Montaigne] 

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Comment vivre ? : une vie de Montaigne en une question et vingt tentatives de réponse 

25/01/2016

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Philosophie Magazine - Hors-série Montaigne

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dimanche 7 janvier 2024

Si Rome n'avait pas chuté - Raphaël Doan

Dans les pages qui suivent, vous découvrirez un monde qui ne ressemble à aucun autre. [R.D.]

Voici donc un travail d'historien qui explore méthodologiquement et conceptuellement de nouveaux territoires, le défi était grand. L'auteur l'a relevé en partie.

J'avais entendu une entrevue radiophonique avec Raphaël Doan. Il y présentait son projet d'utiliser l'uchronie comme support à la réflexion historique. Cela n'est pas fréquent, mais pas totalement nouveau en soi. Là où Si Rome n'avait pas chuté présente un profil distinct, c'est dans la contribution systématique de l’intelligence artificielle à l'élaboration de la société qui aurait pu exister si la chute de l'empire romain n'avait pas eu lieu. Entendons-nous, la part d'invention livrée par l'IA est bien dirigée, encadrée et orientée par l'auteur. Celui-ci n'a pas demandé à l'IA d'écrire d'un seul jet l'ensemble de sa partie. 

Une fois cela dit, chacun des chapitres comporte donc une part d'uchronie rédigée par l'IA. Il y a là un certain intérêt à constater l'invention qui peut être déployée, mais la prose est dite sans couleur et recto tono et on reconnaît l'apport terne de la machine. C’est un peu décevant. L’intérêt principal de cet ouvrage réside dans les commentaires de l'historien qui viennent recadrer, relancer le propos, s'appuyer sur celui-ci pour aller plus loin, puiser dans l’expérience historique pour signifier d'autres pistes. C'est ici que l'on comprend en quoi ce travail peut constituer une participation à la réflexion méthodologique de l’activité de l'historien. Mais, est-ce suffisant? 

On doit noter aussi que le recueil comporte plusieurs illustrations produites par l’intelligence artificielle. Cela relève plus, selon moi, du graphisme anecdotique que de l'illustration contributive.



mercredi 8 novembre 2023

Le plagiat par anticipation - Pierre Bayard

Le plagiat est aussi ancien que la littérature, à laquelle il rend indirectement hommage. [P.B.]

À chaque fois que j'aborde une nouvelle œuvre critique de Pierre Bayard, je redécouvre tout ce que le plaisir de la lecture me fait vivre et comment comme lecteur, avec mon histoire de livres lus, de livres connus ou même de livres que je n'ai pas lus, mais dont je peux parler, je teinte le livre que je lis, contribue à l'image que je m'en fais et collabore ainsi à sa création. C'est en 2009 que Bayard publie Le plagiat par anticipation. Il ne s'en cache pas, il n'est pas le créateur de ce concept déjà largement débattu par l'Ouvroir de littérature potentielle (l'Oulipo). En effet, les membres de ce groupe de chercheurs littéraires ont souventes fois reconnu dans des œuvres du passé des contraintes d'écriture qu'ils venaient pourtant de cerner. C'est dans ce cadre qu'ils mettent en lumière dans le passé quelques plagiaires par anticipation d'œuvres plus récentes. 

Bayard précise ici la définition du plagiat par anticipation en lui réattribuant l'intentionnalité comme élément essentiel et en en faisant ainsi le double symétrique du plagiat classique. C'est dans cet ordre d'idée que Bayard peut prétendre retrouver quelque chose de Conan Doyle chez Voltaire, particulièrement dans son conte philosophique Zadig ou la destinée. On prend plaisir à découvrir ainsi quelques plagiaires de renom puisant dans l'histoire littéraire qui les suit des idées, des thèmes, des styles qu'ils insèrent dans leurs travaux écrits. On sent tout l'humour ironique de Bayard poindre dans cet essai qui prône pour une nouvelle façon de concevoir l'histoire littéraire qui se transposterait également dans le domaine des arts.

Pierre Bayard m'a encore une fois passionné par sa fiction théorique.

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Comment parler des faits qui ne se sont pas produits

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Le titanic fera naufrage

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vendredi 27 octobre 2023

Esthétique de l'Oulipo - Hervé Le Tellier

Nous sommes en septembre 1960. À Cerisy-la-Salle, sous la présidence de Georges-Emmanuel Clancier et de Jean Lescure, se déroule la décade «Raymond Queneau ou une nouvelle défense de la littérature française». De la rencontre de certains participants va naître l'Oulipo. [H.L.T.]

Pourquoi n'ai-je pas lu plus tôt cette œuvre majeure de l'univers oulipien ? J'en connaissais pourtant l'existence. Il y a bien sûr une question de disponibilité, du texte, assurément, mais aussi du lecteur que je suis. Il est possible que j'envisageais une lecture plus ardue qu'elle ne l'a été en réalité et que je l'ai différé quelque peu. Quoi qu'il en soit, une visite à la bibliothèque m'a permis récemment de me plonger avidement dans cette lecture et ce saut m'a éclaboussé de joie. J'ai pris un grand plaisir à accompagner Hervé Le Tellier dans ce parcours un brin inhabituel de l'œuvre oulipienne, un brin inhabituel parce que l'auteur y donne une importante touche linguistique. Cela donne au regard qu'on porte sur l'Oulipo une profondeur plus intense et un champ de vision plus large. 

On trouvera dans cet essai un peu d'histoire de ce groupe commutatif et associatif qu'est l'Ouvroir de littérature potentielle, mais on verra surtout comment il s'inscrit dans ses propres influences par le plagiat par anticipation, concept à la fois novateur et prometteur. Le lecteur comme contributeur à la création y retrouve une place en toute congruence et complicité :

Si, dixit Duchamp, «ce sont les regardeurs qui font les tableaux», ce sont les lecteurs qui font les œuvres. [H.L.T.]

On verra l'Oulipo comme un apport à l'internationalisation de la langue et des jeux qu'on peut y créer, de la linguistique appliquée à la traduction inventive par torsions et distorsions. Les contraintes induites par l'Ouvroir sont placées dans un large cadre d'art ludique et de bibliothèques autant fictives qu'ouvertes et créatives. 

Il faut bien avouer que je suis, en ce qui concerne le monde oulipien, séduit d'avance. Mais le parcours a été particulièrement jouissif et m'a permis d'ajouter nombre de lectures potentielles à la liste toujours grandissante des livres que j'espère lire. 

Où ai-je lu qu’il existe deux sortes d’arbres, les hêtres et les non-hêtres? [Oulipo]
La seule mémoire de Cantatrix sopranica corrompt la lecture «sérieuse» d’un article scientifique. La liste des articles de référence, qui court sur quatre pages, contient force morceaux de bravoure, arrachant un sourire aux plus atrabilaires. [H.L.T.]

Lecteur, encore un effort ... Oui, encore un effort. La lecture devient ici exigeante. Il ne te suffit plus, lecteur (comme apostropherait Calvino), de te laisser guider benoîtement. Tu dois désormais, si tu veux profiter de tout le sel du texte, accepter la difficulté, accepter parfois de lutter avec lui, avec son sens, avec ses sens. [H.L.T.]

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La disparition de Perek

06/07/2022

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L’anomalie

07/11/2020


 

vendredi 1 septembre 2023

Georges Perec en dialogue avec l'époque et autres entretiens - Georges Perec

Quel plaisir de lire ces entretiens que Georges Perec a tenus depuis la publication du roman Les choses en 1965 jusqu'en 1981, quelque temps avant son décès, des entretiens où il fait état de ses œuvres, du contexte de leur écriture, de l'état d'âme qui les a faites naître. On a là des entretiens qui sont parfois teintés d'un thème prédominant comme la mémoire, le jeu ou les contraintes, des entretiens qui souvent coïncident avec les dernières publications : Les choses, Un homme qui dort, La boutique obscure, Je me souviens ou La vie mode d'emploi. On lit l'importance que l'Oulipo a pu avoir dans sa démarche. 

Les réflexions de Perec sur sa production demeurent toujours exaltantes pour qui cette oeuvre est connue et essentielle. Je ne me cache pas d'être de ceux-là. J'ai donc savouré ces retours en arrière où Perec s'exprime sur ses projets aussi divers que pertinents. 
Si vous voulez : « Mourir d'amour me font, belle Marquise, vos beaux yeux », c'est le début de la littérature. Le résultat n'est pas très bon, mais c'est la même démarche : quand M. Jourdain comprend que la charge « poétique » de sa phrase change avec l'ordre de ses mots alors que le sens reste le même, il découvre la littérature. Et je crois que la première méthode que l'on peut mettre en œuvre pour aboutir à cette attitude, c'est le jeu. [«Et ils jouent aussi... Georges Perec», Propos recueillis par Jacques Bens et Alain Ledoux, Jeux & Stratégie, no 1, février 1980]

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Cantatrix Sopranica L. et autres écrits scientifiques 

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Espèces d’espaces

05/06/2017

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Georges Perec

16/02/2010

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L’art et la manière d’aborder son chef de service pour lui demander une augmentation

15/03/2009

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L’attentat de Sarajevo

05/09/2016

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10/02/2016

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Tentative d’épuisement d’un lieu parisien

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Un cabinet d’amateur, Histoire d’un tableau

13/06/2020

Perec

Georges

Un homme qui dort

02/10/2016

 

vendredi 30 décembre 2022

Un café avec Marie - Serge Bouchard


Nous sommes en après-midi et, déjà, la matinée me manque. [S.B.]

Comment décrire cet ensemble de chroniques de l'anthropologuehomme de radio et chroniqueur, Serge Bouchard sinon qu'il s'agit de se permettre d'entendre sa voix posée nous raconter dans l’oreille les observations qu’il a pu faire ainsi que ses réflexions les plus intuitives sur l’amour, le temps, l'histoire et le monde tel qu'il est, fruit d'un passé trop souvent méconnu. C'est en posant un œil bienveillant sur la société qu'il porte un discours bien personnel qui s'inscrit en une série de microessais d'abord écrits pour la radio. Bien sûr, le deuil de sa compagne Marie vient teinter l'ensemble, mais c'est aussi le bonheur du café partagé avec la même Marie qui en rend la lecture joyeuse. S'il traite de souvenirs personnels, c'est également de la mémoire collective dont il est question. À travers cet ensemble de textes, Bouchard nous livre une part de son humanité et, par là, contribue à nos propres réflexions sur le monde.

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Bouchard

Serge

Elles ont fait l’Amérique. De remarquables oubliés, tome 1 

30/06/2016

Bouchard

Serge

L’œuvre du Grand Lièvre filou

16/06/2019