« L'architecte de Notre-Dame n'existe pas. Nos plus belles cathédrales sont généralement anonymes. Elles opposent, à celui qui voudrait en retrouver l'auteur, l'inhumaine durée de leur construction. » L'homme qui parlait ainsi, Viollet-le-Duc, le restaurateur de Notre-Dame, était pourtant considéré comme le plus grand architecte de son temps. [A.B.]
En construisant ce roman, qu’on pourrait dire à clé, ou à thèses, Aurélien Bellanger avait certes de grandes ambitions. L’idée d’un roman historique appuyé sur l’érudition qu’il semble démontrer m’attirait.
J’y ai trouvé deux récits menés en parallèle, deux histoires de rencontres évoluant dans des temps différents. Au XIXe, le journal d’un curé que sa hiérarchie a dégagé de ses charges pour qu’il suive Viollet-le-Duc dans ses déplacements et l’espionne, lui et ses réinterprétations architecturales teintées de rationalisme mystique. Au XXIe, l’histoire d’Ancelin, compagnon qui suit son maître tailleur de pierre de chantier en chantier, dans les monuments, les églises et les cathédrales de France.
Je ne sais trop pourquoi les auteurs semblent attirés par cet artifice de l'imbrication de trames narratives. Bien sûr, lorsque c'est réussi, il se crée une résonance qui apporte une richesse aux récits, mais il m'apparaît que ce n’est pas toujours le cas et que la forme peut devenir alambiquée. C'est le sentiment que j'ai malheureusement eu au cours de cette lecture.
Tout n’est pas à jeter, loin de là. Plusieurs idées me sont apparues exposées de façon intéressante, quelques échanges savoureux, certaines références historiques surprenantes. Mais les digressions ont eu raison de moi. Je me suis perdu et, à mon grand dam, je n’ai pas trouvé ce que je cherchais en ouvrant ce roman, un regard simple et éclairant sur le travail et les visions de Viollet-le-Duc.
Il reste des passages qui m’ont arrêté, comme celui-ci :
J'ai voulu mes bâtiments pleins d'animaux de pierre, des pieds de leurs escaliers aux bouches de leurs gouttières. Mes châteaux sont, entre le monde symbolique et le monde naturel, comme des chatières battantes qui permettent aux animaux d'aller et de venir, sous quelque forme que ce soit. Car toute image est une porte dérobée. [A.B.]
Et d’autres qui m’ont fait sourire :
Le paradis terrestre existe : il est entre La Roche-sur-Yon et Cholet. [A.B.]
L'auteur a-t-il voulu faire tenir ensemble trop de perspectives au risque de nuire à l'impact réel du récit? À moins que ce ne soit ma disponibilité à ce type de lecture qui ait pu être en cause.




