Un jour, sûrement chaud et peut-être bien de l'année 1965, un groupe de copains du quartier et moi-même - je me souviens de Jorge le Conejo, Danilo le Gordo et Felicio le Negro - avons enfin osé réaliser une chasse aux fantômes et aux mystères, planifiée depuis toujours : armés de bâtons et de cailloux, ainsi que l'aventure l'exigeait, nous avons pris le risque de pénétrer dans l'enceinte lugubre et à l'époque abandonnée où, depuis les années 1920, se dresse ce que l'on nomme le Château d'Averhoff. [L.P.]
Dès les premières lignes d'Aller à La Havane, Leonardo Padura évoque ses souvenirs personnels et on comprend que la véritable destination du livre n'est pas seulement la capitale cubaine, mais aussi le territoire de la mémoire. Padura quitte ainsi un instant le domaine du polar à la cubaine qu'il occupe si bien. Il délaisse, mais pas tant que ça, le personnage de Mario Conde, ancien lieutenant de police reconverti en bouquiniste. L'angle change, la ville reste. C'est toujours La Havane qui demeure au centre de ses écrits avec ce titre quasi inclassable qui n'est ni roman, ni essai, ni récit historique, ni vraiment une autobiographie en empruntant un peu à chacun de ces genres.
La première partie laisse s'entrecroiser le parcours de Padura, son histoire avec la capitale et l'évolution de celle-ci. Le format est singulier : de larges extraits de ses romans policiers précédents nourrissent le propos et cela montre à quel point La Havane était déjà au cœur de son œuvre écrite. L'œil que Mario Conde porte sur la cité est aussi important que celui de Padura. C'est un regard on ne peut plus nostalgique. La crise économique de 1990 à Cuba, où se combine la dissolution de l'URSS et le durcissement des sanctions économiques des États-Unis, crise connue sous le nom de Période spéciale, vient teinter le récit de ce rapport qu'entretient Padura avec sa ville. La deuxième partie est plus centrée sur les quartiers de La Havane et quelques personnages typiques qui les habitent. Mon expérience par trop ténue de La Havane ne me permet pas de participer pleinement à ces évocations, mais le texte de Padura construit des images si réalistes qu'on croit les tirer de nos propres souvenirs. Tout cela est écrit de la plume mélancolique d'un Havanais amoureux de sa ville, une ville qui se transforme, qui change, mais avec laquelle il entretient toujours un lien indéfectible. Sans doute portons-nous tous en nous une ville intérieure faite de mémoire, de lectures et de rêves. Padura, lui, a le talent de nous la communiquer.
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