Voilà une pièce originale, qui donne l'avant-scène à des figurants participant à un obscur tournage dont ils ne connaîtront jamais le scénario. Il s'agit d'un film du Grand réalisateur, avec le Grand acteur et la Grande actrice. On ne verra ni l'un ni l'autre, condamnés au statut de voix hors champ. Les vrais personnages de la pièce, ce sont ceux qu'on laisse d'ordinaire dans l'ombre, ceux dont l'image reste hors focus : deux hommes et trois femmes, d'expérience inégale, qui gèrent ensemble les attentes et les temps morts propres à ce genre de tournage.
L'attente, justement, constitue la matière première de la pièce. On y parle d'un éventuel petit rôle parlant qui changerait le montant du cachet, des parcours de chacun, des espoirs, des désillusions et de la vie qui continue entre deux consignes lancées au talkie-walkie. Ces échanges font naître peu à peu une microsociété, avec ses hiérarchies, ses affinités, ses rivalités discrètes et ses rêves.
On peut bien sûr lire Les figurants comme une réflexion sur le monde du spectacle. Mais il est difficile de ne pas y voir aussi une métaphore plus large. Ces personnages qui attendent qu'une voix venue d'ailleurs décide de leur place dans la scène nous renvoient peut-être à notre propre condition. À des degrés divers, on peut parfois avoir le sentiment d'occuper un rôle secondaire dans un scénario où une part croissante des décisions semblent se prendre loin de nous.
C'est sans doute ce qui rend cette pièce si intéressante : derrière sa légèreté apparente et son dispositif minimaliste, elle nous amène à nous demander qui tient réellement le premier rôle.




