lundi 16 février 2026

Cavalcade en cyclorama - Marc-Antoine K. Phaneuf

DÉBUT, débuter, commencer par le commencement, l’introduction, l’initiation, se faire dévierger, perdre sa cerise, une cerise au marasquin, un cocktail exotique, de la grenadine, un sirop sucré, du sirop de poteau, de la tire d’érable [...] [M.A.K.P.]

C’est en parcourant l’un des articles réunis dans Perec l’œuvre-monde — celui où Dominique Raymond explore la présence de l’intertexte perecquien dans la littérature québécoise — que j’ai découvert Cavalcade en cyclorama, un poème hors norme de Marc-Antoine K. Phaneuf. Le rapprochement avec Perec n’a rien d’anodin, il est même flagrant, presque organique. Comme chez Perec, la liste devient ici un moteur poétique, un dispositif qui fait surgir l’infra-ordinaire : ce territoire du banal, du quotidien, du presque invisible, que l’écriture révèle en l'exhibant.

Phaneuf déploie une longue tirade d’une soixantaine de pages, une suite de souvenirs qui s’enchaînent par glissements sonores, par coïncidences minuscules, par associations d’idées tantôt ludiques, tantôt mystérieusement concrètes dans un flux ininterrompu. On y croise des fragments de culture populaire, des réminiscences d’enfance, des images qui semblent surgir d’un réservoir commun. Comme dans Je me souviens, les bribes mémorielles de Perec, la lecture active immédiatement notre propre mémoire. On reconnaît, on réagit, on ajoute mentalement à la liste des éléments de notre propre histoire, des éléments de notre propre confrontation à cette culture dite populaire.

Ce texte pourrait aisément passer pour un exercice oulipien tant il joue avec les contraintes implicites de la mémoire et de la langue. Mais c’est surtout une expérience de lecture enveloppante, presque hypnotique, où l’on se laisse porter par le rythme des réminiscences et par la manière dont elles se répondent. Cavalcade en cyclorama réussit à faire du banal un matériau vibrant, et à transformer une énumération en véritable performance poétique.


Aucun commentaire: