Je n'ai rien à voir avec leur fameux écrivain, et pourtant on m'a enquiquiné toute ma vie avec ça, simplement parce qu'on porte le même nom et qu'on a deux ou trois trucs en commun, c'est toujours la même chose, les gens adorent chercher à créer des liens de parenté, et ils y arrivent toujours, qu'ils aillent au diable! [...] [L.K.]
J’ai lu Petits travaux pour un palais de László Krasznahorkai, auteur hongrois devenu en 2025 lauréat du Nobel de littérature, un livre écrit dans une forme si singulière qu’elle semble n’être qu’un seul souffle, un souffle que le narrateur — un petit bibliothécaire obstiné — dépose dans une syntaxe ample, hypnotique, presque incantatoire, un petit bibliothécaire qui nourrit un rêve insensé, celui de transformer la bibliothèque en un palais, une Bibliothèque Éternellement Fermée, gardée comme un trésor afin que les livres dûment indexés qu’elle renferme ne soient jamais empruntés à la légère par des lecteurs susceptibles de troubler leur repos, un petit bibliothécaire dont le nom, herman melvill, ne diffère que d’une lettre de celui de l’auteur de Moby-Dick, et dont il suit les pas dans Manhattan, à la manière de Malcolm Lowry avant lui, ou encore de l’architecte Lebbeus Woods, tous trois conscients que le langage naturel de la réalité du monde n’est autre que la catastrophe, qu’elle surgisse de la nature ou des hommes, et l’écriture ensorcelante de ces carnets nous entraîne dans le projet palatial de melvill, dans ses méditations menées à la New York Public Library à l’insu — croyait-il — de sa hiérarchie, ou dans ses déambulations dans le Lower Manhattan, malgré ses pieds plats, ou plutôt son affaissement de la cheville, ou plus exactement de l’arche interne du pied, jusqu’à ce qu’il tombe sur l’édifice du 33 Thomas Street, ce bloc brutaliste qui pourrait bien être l’écrin idéal pour accueillir la Bibliothèque Éternellement Fermée dont il rêve, un rêve qui se déploie tout au long de ces Petits travaux pour un palais, dont la syntaxe sans point final n’a rien de rébarbatif, et le lecteur que je suis s’est laissé envoûter par ce long monologue que melvill entretient avec ses carnets, au point d’être convaincu d’entreprendre bientôt la lecture de Guerre et guerre du même auteur.
[...] l'art, même moi je le sais, n'a rien d'un charme opérant à travers des objets matériels ou spirituels, merde alors ! excusez-moi, l'art ne se manifeste pas dans un objet, ce n'est pas un phénomène esthétique, ni un message, il n'y a aucun message, l'art est seulement relié à la beauté, sans se confondre avec la beauté, et il ne se réduit pas à un charme, on peut même dire qu'à sa façon, il le refoule, par conséquent ce n'est pas dans un livre, dans une sculpture, dans une peinture, dans la danse ou dans la musique qu'il faut le chercher, quand on parle d'art, il n'est pas du tout question de ça, en fait, il ne faut pas le chercher, puisqu'on le reconnaît dès qu'il est là, et ainsi de suite, car en présence de l'art, comment dire, il règne une atmosphère exceptionnelle dans un espace donné, et cela peut-être provoqué par un livre, une sculpture, une peinture, une danse, une musique, mais également par un homme [...] [L.K.]
[...] je dois changer mes semelles orthopédiques assez souvent, des semelles orthopédiques pour pieds plats, ce qui est parfaitement ridicule, non ? on a beau expliquer qu'on n'a pas les pieds plats mais un affaissement de la cheville, mieux encore, de l'arche interne du pied, rien à faire, les gens simplifient les choses, et celui qui souffre d'affaissement de la cheville, plus exactement de l'arche interne du pied, se retrouve à devoir marcher avec des semelles orthopédiques pour pieds plats, qu'ils aillent au diable! [...] [L.K.]

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