dimanche 18 octobre 2026

L'Architecte de Notre-Dame - Aurélien Bellanger

« L'architecte de Notre-Dame n'existe pas. Nos plus belles cathédrales sont généralement anonymes. Elles opposent, à celui qui voudrait en retrouver l'auteur, l'inhumaine durée de leur construction. » L'homme qui parlait ainsi, Viollet-le-Duc, le restaurateur de Notre-Dame, était pourtant considéré comme le plus grand architecte de son temps. [A.B.]

En construisant ce roman, qu’on pourrait dire à clé, ou à thèses, Aurélien Bellanger avait certes de grandes ambitions. L’idée d’un roman historique appuyé sur l’érudition qu’il semble démontrer m’attirait.

J’y ai trouvé deux récits menés en parallèle, deux histoires de rencontres évoluant dans des temps différents. Au XIXe, le journal d’un curé que sa hiérarchie a dégagé de ses charges pour qu’il suive Viollet-le-Duc dans ses déplacements et l’espionne, lui et ses réinterprétations architecturales teintées de rationalisme mystique. Au XXIe, l’histoire d’Ancelin, compagnon qui suit son maître tailleur de pierre de chantier en chantier, dans les monuments, les églises et les cathédrales de France.

Je ne sais trop pourquoi les auteurs semblent attirés par cet artifice de l'imbrication de trames narratives. Bien sûr, lorsque c'est réussi, il se crée une résonance qui apporte une richesse aux récits, mais il m'apparaît que ce n’est pas toujours le cas et que la forme peut devenir alambiquée. C'est le sentiment que j'ai malheureusement eu au cours de cette lecture. 

Tout n’est pas à jeter, loin de là. Plusieurs idées me sont apparues exposées de façon intéressante, quelques échanges savoureux, certaines références historiques surprenantes. Mais les digressions ont eu raison de moi. Je me suis perdu et, à mon grand dam, je n’ai pas trouvé ce que je cherchais en ouvrant ce roman, un regard simple et éclairant sur le travail et les visions de Viollet-le-Duc.

Il reste des passages qui m’ont arrêté, comme celui-ci :

J'ai voulu mes bâtiments pleins d'animaux de pierre, des pieds de leurs escaliers aux bouches de leurs gouttières. Mes châteaux sont, entre le monde symbolique et le monde naturel, comme des chatières battantes qui permettent aux animaux d'aller et de venir, sous quelque forme que ce soit. Car toute image est une porte dérobée. [A.B.] 

Et d’autres qui m’ont fait sourire :

Le paradis terrestre existe : il est entre La Roche-sur-Yon et Cholet. [A.B.]

L'auteur a-t-il voulu faire tenir ensemble trop de perspectives au risque de nuire à l'impact réel du récit? À moins que ce ne soit ma disponibilité à ce type de lecture qui ait pu être en cause.




lundi 5 octobre 2026

Aller à La Havane - Leonardo Padura

Un jour, sûrement chaud et peut-être bien de l'année 1965, un groupe de copains du quartier et moi-même - je me souviens de Jorge le Conejo, Danilo le Gordo et Felicio le Negro - avons enfin osé réaliser une chasse aux fantômes et aux mystères, planifiée depuis toujours : armés de bâtons et de cailloux, ainsi que l'aventure l'exigeait, nous avons pris le risque de pénétrer dans l'enceinte lugubre et à l'époque abandonnée où, depuis les années 1920, se dresse ce que l'on nomme le Château d'Averhoff. [L.P.]

Dès les premières lignes d'Aller à La Havane, Leonardo Padura évoque ses souvenirs personnels et on comprend que la véritable destination du livre n'est pas seulement la capitale cubaine, mais aussi le territoire de la mémoire. Padura quitte ainsi un instant le domaine du polar à la cubaine qu'il occupe si bien. Il délaisse, mais pas tant que ça, le personnage de Mario Conde, ancien lieutenant de police reconverti en bouquiniste. L'angle change, la ville reste. C'est toujours La Havane qui demeure au centre de ses écrits avec ce titre quasi inclassable qui n'est ni roman, ni essai, ni récit historique, ni vraiment une autobiographie en empruntant un peu à chacun de ces genres. 

La première partie laisse s'entrecroiser le parcours de Padura, son histoire avec la capitale et l'évolution de celle-ci. Le format est singulier : de larges extraits de ses romans policiers précédents nourrissent le propos et cela montre à quel point La Havane était déjà au cœur de son œuvre écrite. L'œil que Mario Conde porte sur la cité est aussi important que celui de Padura. C'est un regard on ne peut plus nostalgique. La crise économique de 1990 à Cuba, où se combine la dissolution de l'URSS et le durcissement des sanctions économiques des États-Unis, crise connue sous le nom de Période spéciale, vient teinter le récit de ce rapport qu'entretient Padura avec sa ville. La deuxième partie est plus centrée sur les quartiers de La Havane et quelques personnages typiques qui les habitent. Mon expérience par trop ténue de La Havane ne me permet pas de participer pleinement à ces évocations, mais le texte de Padura construit des images si réalistes qu'on croit les tirer de nos propres souvenirs. Tout cela est écrit de la plume mélancolique d'un Havanais amoureux de sa ville, une ville qui se transforme, qui change, mais avec laquelle il entretient toujours un lien indéfectible. Sans doute portons-nous tous en nous une ville intérieure faite de mémoire, de lectures et de rêves. Padura, lui, a le talent de nous la communiquer.


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Sur Rives et dérives, on trouve aussi :

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Leonardo

La transparence du temps

03/09/2019


lundi 28 septembre 2026

Voyage autour de ma chambre - Xavier de Maistre

Qu'il est glorieux d'ouvrir une nouvelle carrière, et de paraître tout à coup dans le monde savant, un livre de découvertes à la main, comme une comète inattendue étincelle dans l'espace! [X.de M.]

C'est à la lecture d'un texte à propos de Georges Perec, me semble-t-il, que j'ai entendu pour la première fois parler de Voyage autour de ma chambre. Le titre m'avait intrigué sans que je pousse plus loin ma curiosité. Il aura fallu ce détour pour que ce petit livre, publié en 1795, croise enfin mon chemin de lecteur. 

Xavier de Maistre, écrivain savoyard de langue française, imagine un voyageur bien particulier. Le narrateur est un jeune officier qui, à la suite d'un duel, a été confiné à sa chambre pour une période de 42 jours. Sa réclusion ne s'apparente pas à une geôle, c'est plutôt une perte de sa liberté d'aller et venir alors qu'il conserve son logement, ses meubles et même les services de son domestique. 

Puisqu'il lui est impossible de parcourir le monde, il entreprendra l'exploration systématique de l'espace qui lui reste. Son lit, son fauteuil, les tableaux suspendus aux murs et les souvenirs qu'ils éveillent prennent place dans un itinéraire dont les frontières se déplacent à la convenance de son imaginaire. 

Dès les premières pages, j'ai pensé à Laurence Sterne et à son Voyage sentimental à travers la France et l'Italie. La parenté est difficile à manquer. On retrouve chez Xavier de Maistre le goût de la digression, l'art du détour et cette façon de faire du cheminement de la pensée le véritable sujet du voyage.

Une autre présence s'est imposée à moi au fil de la lecture, c'est celle de Montaigne. Comme l'auteur des Essais, Xavier de Maistre fait de lui-même la matière de son livre. Les objets qu'il décrit dans sa déambulation sont des portes ouvertes sur sa mémoire, ses rêveries et ses errances. Le territoire minuscule de sa chambre s'ouvre sur un espace intérieur sans limite. L'aventure ne dépend pas de la distance parcourue, mais du regard porté sur les choses. C'est probablement en cela que le Voyage autour de ma chambre rejoint l'œuvre de Perec. Tous deux s'intéressent 'à ce qui se trouve juste devant nous, le banal, le quotidien, les objets et les moments si familiers qu'on ne les remarque plus, ce que Perec appelle l'infraordinaire.

[...] je voudrais qu'on sût que, dans cette ville, où tout respire l'opulence, pendant les nuits les plus froides de l'hiver, une foule de malheureux dorment à découvert, la tête appuyée sur une borne ou sur le seuil d'un palais. [X.de M.]



lundi 21 septembre 2026

La sélection naturelle - Patrick Nicol

Christian se réveille seul. Il enfile ses jeans, ses pantoufles, passe une chemise en sortant de la chambre. Les ombres glissent sur les murs nus du rez-de-chaussée comme si, derrière la grande fenêtre, le vent remuait la lumière. [P.N.]

On retrouve dans La sélection naturelle le narrateur habituel de Patrick Nicol, cet enseignant de cégep désabusé. Mais, cette fois, la retraite l'a rattrapé, et avec elle un déracinement qu'il n'avait pas prévu : Christian a suivi sa conjointe mutée dans une nouvelle ville et erre, sans emploi ni repères, dans une existence qui lui échappe. 

Ce n'est plus le regard résigné de Pierre dans J'étais juste à côté, ni la tendresse douloureuse du fils de La nageuse au milieu du lac : la colère de Christian, longtemps contenue, éclate un soir de souper trop arrosé, devant le discours réactionnaire d'un hôte, et le geste qui en résulte le précipite dans une fuite qu'il croit être celle d'un homme recherché pour meurtre. Le roman suit cette cavale faite de rencontres improbables, où l'écoanxiété, l'injustice intergénérationnelle et le radicalisme d'une jeunesse désabusée viennent se placer en phase avec la propre désillusion de Christian, celle d'un homme qui découvre, la retraite venue, qu'il n'a plus de prise sur le monde qu'il laisse derrière lui. 

Patrick Nicol n'a rien perdu de ce style personnel qui m'avait happé il y a trois ans. Son écriture sonne toutefois ici plus grave, plus urgente, à l'image de notre époque.

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Sur Rives et dérives, on trouve aussi :

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J’étais juste à côté

27/02/2023

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Patrick

La nageuse au milieu du lac

06/09/2023



dimanche 6 septembre 2026

L'empereur de la joie - Ocean Vuong

Le plus difficile dans l'existence, c'est de n'avoir qu'une seule vie. [O.V.]

Je ne connaissais pas Ocean Vuong, je ne connaissais pas non plus sa poésie, mais, dès les premières pages de L'empereur de la joie on sent dans l'écriture de ce roman un lyrisme assumé qui est sans lourdeur. On se doit, à ce sujet, je crois, de souligner le travail de la traductrice, Hélène Cohen. 

Si la langue retient d'abord l'attention, l'univers que déploie le roman ne tarde pas à le faire également. Hai, un jeune Vietnamien vivant à East Gladness, une banlieue défavorisée du Connecticut, se trouve à un tournant de sa vie où l'avenir lui paraît sans issue. Alors qu'il envisage le pire, sa rencontre avec Grazina, une vieille femme d'origine lituanienne, l'amène à reprendre pied dans le monde. Entre eux se développe une relation inattendue faite de complicité, de service rendu et d'une forme de tendresse retenue.

Des souvenirs d'une enfance marquée par la guerre reviennent hanter Grazina et, dans certains de ces épisodes, la mémoire et le délire se confondent. Hai accepte alors de jouer le rôle que lui attribue la vieille femme dans les récits qu'elle reconstruit. Ces passages sont parmi les plus touchants du roman.

En trouvant un emploi au HomeMarket d'East Gladness, une succursale d'une chaine de restauration rapide, Hai découvre une petite communauté d'hommes et de femmes qui portent chacun leurs blessures. Ocean Vuong accorde à ces personnages une attention remarquable. Il les observe sans jugement. Peu à peu, se dessine entre eux une solidarité discrète qui devient l'une des forces du récit.

Ce qui demeure après la lecture, ce sont justement ces personnages. Des êtres que la littérature, comme la société, laisse souvent en périphérie : travailleurs précaires, immigrants, personnes âgées, marginaux de toutes sortes. L'auteur leur prête ici une voix et une présence qui les soustraient à un triste anonymat.

L'empereur de la joie n'est pas tant un roman sur le bonheur que sur ce qui permet de continuer. Sur ces rencontres qui surviennent parfois au moment où l'on ne les attend plus et qui, sans tout changer, rendent la vie un peu plus soutenable.


mardi 1 septembre 2026

Les Figurants - Delphine de Vigan

Alors que la salle est encore allumée, le super-assistant, équipé d'un talkie-walkie, entre sur le plateau. [D.de V.]

Il m'arrive de temps à autre de lire du théâtre et, chaque fois, l'expérience me plaît. Cette fois, il y avait un déclencheur bien particulier. Un ami participe actuellement au montage des Figurants avec une troupe amateur et il interprétera, je crois, le rôle du super-assistant. Ne pouvant assister aux représentations, j'ai eu envie de me construire ma propre mise en scène en entrant dans le texte.

Voilà une pièce originale, qui donne l'avant-scène à des figurants participant à un obscur tournage dont ils ne connaîtront jamais le scénario. Il s'agit d'un film du Grand réalisateur, avec le Grand acteur et la Grande actrice. On ne verra ni l'un ni l'autre, condamnés au statut de voix hors champ. Les vrais personnages de la pièce, ce sont ceux qu'on laisse d'ordinaire dans l'ombre, ceux dont l'image reste hors focus : deux hommes et trois femmes, d'expérience inégale, qui gèrent ensemble les attentes et les temps morts propres à ce genre de tournage. 

L'attente, justement, constitue la matière première de la pièce. On y parle d'un éventuel petit rôle parlant qui changerait le montant du cachet, des parcours de chacun, des espoirs, des désillusions et de la vie qui continue entre deux consignes lancées au talkie-walkie. Ces échanges font naître peu à peu une microsociété, avec ses hiérarchies, ses affinités, ses rivalités discrètes et ses rêves.

On peut bien sûr lire Les figurants comme une réflexion sur le monde du spectacle. Mais il est difficile de ne pas y voir aussi une métaphore plus large. Ces personnages qui attendent qu'une voix venue d'ailleurs décide de leur place dans la scène nous renvoient peut-être à notre propre condition. À des degrés divers, on peut parfois avoir le sentiment d'occuper un rôle secondaire dans un scénario où une part croissante des décisions semblent se prendre loin de nous.

C'est sans doute ce qui rend cette pièce si intéressante : derrière sa légèreté apparente et son dispositif minimaliste, elle nous amène à nous demander qui tient réellement le premier rôle.


mardi 25 août 2026

Le coq de Renato Caccioppoli - Jean-Noël Schifano

La quatrième de couverture avait tout pour me séduire. Le coq de Renato Caccioppoli de Jean-Noël Schifano annonçait le récit d'un épisode survenu à Naples en 1938 : le geste de défi lancé au pouvoir fasciste par Renato Caccioppoli, mathématicien de renom et petit-fils de Mikhaïl Bakounine, lors de la visite de Mussolini et d'Hitler. J'espérais y trouver à la fois un portrait singulier, une réflexion politique et une plongée dans une période trouble de l'histoire italienne.

La lecture s'est pourtant révélée décevante.

Schifano semble s'intéresser davantage à Naples qu'à Caccioppoli lui-même. La ville, son histoire, ses mythes, ses légendes et son imaginaire occupent le devant de la scène, tandis que le personnage annoncé comme central demeure souvent dans l'ombre. Les références historiques, culturelles et mythologiques s'accumulent au fil des pages dans une prose qui m'a paru volontiers lourde, parfois précieuse. À plusieurs reprises, j'ai eu l'impression que le sujet du livre s'effaçait derrière les figures de style.

Cette profusion rend la lecture exigeante. Il aurait presque fallu être Napolitain pour goûter pleinement cette avalanche de références... et encore. Quant à Renato Caccioppoli, il reste étonnamment insaisissable. Son activité de mathématicien, qui aurait pu apporter une dimension supplémentaire au récit, n'est qu'à peine évoquée.

La seconde partie respire un peu mieux, mais ne rachète pas l'ensemble : je n'en garderai malheureusement pas un bon souvenir de lecture.

Oui je sais qu'en écrivant je dévie, dérive, déraille, porté par le grand huit des foires de l'enfance et de l'infini couché sur les rails napolitains en trompe-l'œil, qui sont courbes, se croisent, ovaloïdes, spiraliformes, prenant les cours et les recours de l'Histoire, et que je ne pourrai sûrement pas dire à haute voix, ce soir, tout ce que j'écrirai, ici, en haute altitude, dans la cabine où se pressent mes souvenirs du siècle passé et d'il y a trois mille ans. [J.-N.S.] 
Tu sais, Marussa, la découverte mathématique, qui n'a rien à voir avec l'autorité, est subversive et toujours baise les tabous.  [J.-N.S.]


lundi 10 août 2026

Une brève histoire de l'espoir - Mathieu Bélisle

Tout commence un soir de fête, quand un ami, passablement éméché, se met à parler d'avenir et de changements climatiques. [M.B.]

À une époque où les raisons d'espérer semblent sans cesse mises à mal par les crises climatiques, les guerres et les dérives autoritaires, Mathieu Bélisle choisit non pas de scruter l'avenir, mais de se tourner vers le passé. Dans Une brève histoire de l'espoir, il entreprend ainsi une vaste traversée du temps pour comprendre comment les humains ont perçu, nommé et attaché de la valeur à cet élan vers demain que nous appelons espoir.

Des empreintes de mains laissées sur les parois des grottes paléolithiques aux philosophes grecs qui voyaient dans l'espoir une illusion, de l'avènement des religions monothéistes aux grandes révolutions modernes, des rêves d'utopie aux dystopies contemporaines, Bélisle suit les multiples métamorphoses de l'espérance à travers l'histoire. Son enquête prend la forme d'un assemblage de courts textes, qu'il appelle des « fragments », des parcelles d'une réflexion qu'il refuse de voir comme définitive. 

Comme toute bibliothèque, ce livre demeure une entreprise inachevée; il est appelé à grandir, à s'enrichir de perspectives et de pensées nouvelles, à se voir réécrit et corrigé, contredit et amendé, y compris par d'autres que moi. [M.B.]

Cette forme fragmentaire s'adapte parfaitement à un sujet aussi vaste que l'espoir, qui échappe à toute tentative de définition simple. Tour à tour vertu, illusion, moteur de l'action ou consolation, l'espoir accompagne l'aventure humaine et demeure insaisissable.

Une brève histoire de l'espoir offre ainsi une perspective éclairante sur notre époque. En revisitant les réponses que les générations passées ont apportées à l'incertitude, Bélisle nous invite à réfléchir à notre propre rapport à l'avenir. Nous ne saurons jamais ce que demain nous réserve, mais renoncer à l'espoir reviendrait peut-être à renoncer au mouvement même de la vie. Comme l'auteur, nous sommes appelés à faire le pari de la suite du monde. 

Quelques passages me semblent particulièrement révélateurs de la richesse de cet essai :
Envisager le pire aura toujours l'air plus sérieux que rêver de mieux. [M.B.]

Les oracles sont ceux à travers qui on se rend jusqu'aux dieux pour obtenir des faveurs et des réponses; les prophètes sont ceux à qui on n'a rien demandé, et qui répondent à des questions que personne n'a posées. [M.B.] 

Le génie de la tragédie tient donc tout entier dans cette découverte : la littérature peut porter malheur à notre place. [M.B.]

S'engager, croire, lutter, espérer, c'est donc obéir au mouvement qui porte l'être au-delà de lui-même, obéir au mouvement qui est l'être, dans un univers qui n'est pas fermé mais ouvert. C'est ainsi, et seulement ainsi, qu'on reste en vie. [M.B.]
Une phrase résume peut-être l'ambition du livre :
Pourquoi écrire l'histoire de l'espoir? Pourquoi se tourner vers le passé alors que c'est l'avenir qui inquiète? Parce qu'on ne peut pas regarder loin devant si on ne sait pas voir loin derrière. [M.B.]

mercredi 5 août 2026

50 choses qu'il ne faut tout de même pas oublier de faire avant de mourir - Jacques Bens et Georges Perec

Le samedi 24 octobre 1981, dans « Mi-fugue mi-raisin » de France Culture, Jacques Bens inaugure une nouvelle forme d'inventaire qu'il a lui-même créée, les 50 choses qu'il ne faut tout de même pas oublier de faire avant de mourir. [T.B.-H.]

Je ne pouvais pas passer à côté de la collection Perec 53 lancée par les éditions L'œil ébloui. Son titre fait écho à 53 jours, le dernier roman inachevé de Georges Perec. À terme, cette aventure éditoriale réunira 53 livres de 53 pages, écrits par 53 artistes, avec l'ambition de « dire, penser, inventer, rêver, percer la lecture qu'on a de Perec ».

La collection s'ouvre avec ce délicieux volume qui rassemble, après une Histoire complice d'un inventaire radiophonique signée Thierry Bodin-Hullin (l'animateur de la maison d'édition et de cette collection en particulier), les inventaires de Jacques Bens et de Georges Perec, reproduits à la fois dans leur version diffusée sur France Culture et en fac-similés des tapuscrits originaux.

On y retrouve certains éléments qui font le charme de l'Oulipo : le goût des listes, le sérieux appliqué à l'insignifiant, l'humour retenu et l'art de déceler l'imaginaire dans l’infra-ordinaire. Comment résister à des résolutions telles que :

- Ranger une fois pour toutes ma bibliothèque

- Aller du Maroc à Tombouctou à dos de chameau en 52 jours

- Boire du rhum trouvé au fond de la mer (comme le capitaine Haddock dans le Trésor de Rackham-le-Rouge)  [G.P.]

Ces inventaires, à la fois absurdes, mélancoliques et profondément vivants, donnent surtout envie d'en rédiger un à son tour. 

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mercredi 29 juillet 2026

Montevideo - Enrique Vila-Matas

En février 1974, je fis un voyage à Paris dans l'intention anachronique de devenir un écrivain des années 1920, style "génération perdue". [E.V.-M.]

Le protagoniste de ce roman est en quelque sorte un alter ego de Vila-Matas. Un écrivain donc, mais un écrivain en panne d'écriture. À travers ses déplacements, ses rencontres et ses conversations, l'auteur nous convie à un voyage au cœur de la littérature. Les références littéraires y sont omniprésentes, au point de susciter cette tentation familière : celle de lire et de lire encore. On y croise Borges, Adolfo Bioy Casares, Antonio Tabucchi, Herman Melville, Robert Walser, Kafka, Laurence Sterne et bien d'autres, parfois aussi fictifs que les citations qu'on leur prête.

Le moteur du récit n'est autre qu'une nouvelle de Julio Cortázar, La Porte condamnée, qui se déroule à l'hôtel Cervantès de Montevideo. Le narrateur tentera, dans la chambre 205 de cet hôtel, de vivre à son tour l'expérience insolite liée à cette porte. Mais n'est-elle pas avant tout celle qui mène à l'acte d'écrire, celle derrière laquelle se dérobe l'essence même de la fiction ou peut-être une représentation idéalisée de la littérature ?

Montevideo peut se lire comme une invitation à porter sur le réel un regard traversé par l'invention, à revisiter notre propre parcours en y laissant entrer la fiction. Ce périple littéraire, fait de détours, de digressions, de coïncidences et de fausses pistes, procure par son ambiguïté même ce plaisir particulier qui accompagne toute véritable exploration.

[...] il est impossible de réfréner la joie qui ce jour-là m'accompagne. En réalité, rien d'étonnant à cela puisque je dois ce bonheur à une traduction française du Tristam Shandy de Laurence Sterne, que j'ai enfin dans ma poche, un livre magique et qui, pour moi, après que j'ai surmonté toutes sortes d'épreuves, a toujours fait office d'amulette. Outre qu'il s'agit d'un roman infiniment divertissant, il m'a toujours procuré une force spirituelle étrange. [E.V.-M.]

Pendant des années, j'ai pratiqué une sorte de saudade secrète, une étrange nostalgie d'outre-mer, mélancolie d'un lieu que je n'avais pas connu, dont il ne m'était pas clair que je pourrais y faire un voyage un jour. Ce lieu, c'était Montevideo.  [E.V.-M.]

Au cours de mes rencontres avec le jeune Desdini, je lui racontais un jour l'histoire des mathématiciens de Princeton, savants qui avaient pris leur retraite à quarante ans et passaient leur temps à lire La Divine Comédie. Et, un autre, je lui faisais découvrir l'existence de l'OuLiPo, l'association de science et littérature qui, parce qu'il ne la connaissait pas, l'avait fasciné. [E.M.-V.]

Je commençai à faire l'expérience d'une certaine résistance mais je me rendis compte que, résistant ou pas, je vivais pour écrire même si je n'écrivais pas.  [E.V.-M.]

Montevideo était une ville mais aussi un état d'âme, une manière de vivre en paix en dehors du centre convulsif du monde, un rythme ancien aux pieds nus. [E.V.-M.] 

[...] l'ambiguïté était devenue pour moi le trait le plus caractéristique du monde dans lequel nous sommes. [E.V.-M.] 

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27/09/2024


 

samedi 18 juillet 2026

Mon nom est personne - Matthieu Mégevand

Depuis qu'il était homme et arpentait seul les coteaux, son large chapeau de feutre noir, sa petite pipe en bruyère, son pas lent et monotone, on racontait toutes sortes de choses sur Alberto Caeiro. [M.M.]

Dès les premières pages, Alberto Caeiro apparaît comme une présence assumée. C'est tout le pari de Matthieu Mégevand dans Mon nom est personne : faire exister les hétéronymes de Fernando Pessoa comme s'ils avaient véritablement vécu.

Le nom même de Pessoa invite à ce jeu. En portugais, pessoa signifie simplement « personne ». On sait à quel point l'écrivain portugais a éclaté son œuvre dans une constellation de voix distinctes, chacune dotée d'un tempérament, d'une biographie et d'une manière d'écrire qui lui sont propres. Avec Mon nom est personne, Mégevand ne nous offre pas une biographie romancée de Pessoa. Il choisit plutôt de suivre trois de ses principaux hétéronymes : Alberto Caeiro, le berger-poète ; Ricardo Reis, le médecin stoïcien ; Álvaro de Campos, l'ingénieur exalté et voyageur. Renversant le mouvement biographique habituel, il part de l'œuvre pour remonter vers des vies imaginaires. Les lieux, les événements, le contexte historique et culturel relèvent de la plus stricte vraisemblance ; seuls les personnages demeurent fictifs, nés de l'imagination d'un autre écrivain.

Je ne peux cependant aborder ce roman sans repenser à ma lecture récente de Je sommes plusieurs de Pierre Bayard. L'essayiste y avance une hypothèse stimulante : et si les hétéronymes de Pessoa n'étaient pas de simples masques littéraires, mais de véritables personnes cohabitant au sein d'un même être multiple? Là où Bayard interroge théoriquement la pluralité du sujet, Mégevand choisit de la mettre en scène. 

Si Bayard se demande qui parle sous le nom de Pessoa, le romancier, lui, laisse parler Caeiro, Reis et Campos. Il leur offre un destin, des rencontres, une histoire de vie. Ils cessent d'être des signatures au bas des poèmes pour devenir des existences à part entière. Les deux livres, lus à peu de distance, m'ont laissé une même impression : que la lecture ne nous rend jamais tout à fait un. 

Ce qu'il faut, c'est que nous ayons le courage de tout vivre, de tout prendre, de tout ingurgiter. Et pas seulement le monde extérieur, ou même le bouillonnement de notre for intérieur. Ce qu'il faut, c'est pouvoir être tout, et tout le monde. Quitte à n'être soi-même plus personne. [M.M.] 

Cette phrase me semble résumer tout le projet du roman. Être tout le monde, accueillir en soi des existences étrangères, devenir plusieurs sans jamais parvenir à se fixer : voilà peut-être l'une des vocations de la littérature. Pessoa l'avait poussée jusqu'à l'invention d'auteurs entiers ; Mégevand prolonge son geste. 

Et puis, tous les écrivains sont des menteurs. Il ne faut surtout pas croire ni ce qu'ils enfantent, ni ce que, a posteriori, ils reconstruisent. Pas plus que la vie, les élans créatifs ne s’appréhendent rétrospectivement. [M.M.] 

Mon nom est personne ne cherche pas à nous dire qui fut Fernando Pessoa ; il nous invite plutôt à imaginer qui il aurait pu être. 

Ce roman m'a rappelé combien certaines lectures semblent se répondre entre elles. Tout comme Bayard, Borges ou Vila-Matas, Mégevand m'invite à penser mon identité de lecteur comme la somme provisoire de mes rencontres littéraires.

vendredi 3 juillet 2026

Amerigo - Stefan Zweig

Quel est l'homme dont le nom a inspiré celui de l'Amérique ?
À cette question n'importe quel écolier vous répond tout de go, sans sourciller : Amerigo Vespucci.
Mais la question suivante est plus embarrassante et laissera les adultes eux-mêmes assez perplexes : au fait, pourquoi a-t-on donné à cette partie du monde le prénom d'Amerigo Vespucci ?
[S.Z.]

C'est à cette question que s'attaque Zweig en s'appuyant sur toute l'expertise qu'il a accumulée dans l'art de dérouler des récits biographiques. Zweig fait le portrait de ce Vespucci bien sûr, mais, surtout, il déploie son enquête historique pour comprendre de quelle manière le nom de ce personnage a pu se substituer au nom de Colomb pour désigner le nouveau monde qui émergeait à l'Ouest. J'ai lu ce court essai un peu comme on suit une enquête, tant Zweig prend soin de démêler les circonstances, les intérêts convergents, les hasards qui ont fini par cristalliser autour d'un seul nom, celui qui nous paraît aujourd'hui aller de soi.

Le destin d'Amerigo devient aussi le prétexte à une réflexion plus large sur le travail invisible de l'Histoire, sur ces mécanismes par lesquels certaines trajectoires prennent leur envol, tandis que d'autres se dissolvent dans l'oubli. Colomb demeure le découvreur dans notre imaginaire collectif, mais Vespucci aura eu l'avantage de croiser, au bon moment, cartographes, humanistes et imprimeurs, autant d'instruments involontaires de la postérité. On sent émerger, derrière l'anecdote, une réflexion de Zweig sur la part du hasard dans la fabrique des mythes fondateurs : pourquoi tel nom plutôt que tel autre ? Qu'en aurait-il été de Colomb si l'une des lettres envoyées par Vespucci depuis Florence avait pris un chemin différent ?

J'avais déjà lu de Zweig son Montaigne, où il tissait un dialogue presque intime avec un esprit disparu depuis des siècles ; Amerigo procède d'un geste voisin, mais tourné vers l'énigme collective plutôt que vers la conscience individuelle. Comme souvent chez lui, la précision documentaire sert moins à clore le débat qu'à en multiplier les angles. À la fin de la lecture, j'ai eu le sentiment d'avoir refermé non pas une biographie traditionnelle, mais plutôt une petite archéologie du récit collectif, une tentative de placer quelques lumières sur les rouages discrets qui auront transformé le nom d'un navigateur ordinaire en toponyme continental.

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Zweig

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Échecs

26/12/2023

Zweig

Stefan

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07/02/2021


dimanche 28 juin 2026

Échafaudages, squelettes et patrons de couturière : essai sur la littérature à contraintes au Québec - Dominique Raymond

Qui a dit : «Parfois j'opte pour des contraintes. Travailler avec des contraintes, c'est comme se baigner dans la mer au lieu de se baigner dans la piscine : la contrainte ouvre un espace, dans l'immensité de la langue, et nous force à trouver notre point d'ancrage, notre focus.»? Raymond Queneau? Georges Perec? Le dernier membre coopté de l'Ouvroir de littérature potentielle (Oulipo)? Que nenni. Il s'agit de l'autrice québécoise Nicole Brossard. [D.R.]

J'étais curieux de voir comment pouvait être traitée par une approche analytique la présence de la littérature à contraintes au Québec. J'étais bien conscient que celle-ci existait; j'en avais perçu les éclats, ici et là, au fil de mes lectures. Cependant, j'ai été surpris de la diversité des formes que cela a pu prendre dans l'évolution de la littérature québécoise, surpris de la présence marquée de ces écrits contraints, surpris que l'écriture à contraintes au Québec puisse avoir été décelée aussi tôt qu'au début du XXe siècle. En effet, dans les années 1910-1920, un mouvement s'amorce en réaction aux régionalistes, partisans d'une littérature nationale ancrée dans la tradition, la religion et le conformisme. Cette opposition est formée de celles et ceux qui ont été appelés les exotiques parce qu'ils font la promotion de l'ailleurs, de l'art sans frontières et qu'ils cherchent à éveiller la curiosité des lecteurs et à leur ouvrir de nouveaux univers. Ces exotiques seront regroupés notamment autour d'une revue sur les arts, Le Nigog. On y trouve des articles d'analyse, mais aussi des créations faisant place au formalisme, au sonnet et au pastiche. On pourrait presque les qualifier de plagiaires par anticipation, selon le concept élaboré par les oulipiens. 

Ce qui frappe dans l’essai de Dominique Raymond, c’est qu’elle ne cherche pas à organiser tout cela selon une progression linéaire. Au contraire : elle se méfie de la chronologie. L’objet même de son essai, la littérature à contraintes, résiste à cette mise en ordre. On y trouve trop de discontinuités, trop de surgissements isolés, trop de liens fragiles.

D’où ce choix d’une approche qui observe le phénomène en lui-même en des moments précis, sans rechercher systématiquement à en tracer l'évolution ou l'origine. Plutôt que de narrer une trajectoire, l'autrice cartographie; elle isole des « points d’ancrage », des zones où quelque chose se produit : la ’Pataphysique, le formalisme, la machine. Trois régimes, trois manières de penser et de pratiquer l’écriture, la lecture, l’édition. Trois façons, aussi, de rendre visible ce qui, autrement, risquerait de demeurer diffus, presque imperceptible.

La lecture d'Échafaudages, squelettes et patrons de couturière modifiera peut-être la façon dont j'aborde la littérature québécoise. Cela aura permis de rendre perceptible ce qui, jusque-là, restait en marge ou passait inaperçu. Cela m'a ainsi ouvert tout un pan que je ne soupçonnais pas au sein du corpus littéraire québécois.

Un éminent professeur à qui j'expliquais la recherche que j'entamais m'a dit, sur un ton sans appel: «Il n'y a rien. Vous perdez votre temps. La littérature à contraintes n'existe pas au Québec.» Au moment d'écrire ces lignes, je crois pouvoir modestement affirmer qu'il avait tort. [D.R.]

 

mardi 23 juin 2026

L'œuvre posthume de Thomas Pilaster - Éric Chevillard

La question restera posée : doit-on ou non publier après sa mort les œuvres inédites d'un écrivain à tort ou à raison tenu pour important, lorsqu'il n'a pas exprimé de vœu en ce sens? [É.C.]

Le dispositif imaginé par Chevillard ne tranche pas la question posée en exergue. Il la reprend plutôt, et la complique d'un cran. Sous couvert d'édition critique, on nous donne à lire l'œuvre posthume de Thomas Pilaster, accompagnée des commentaires de son ami et exécuteur littéraire, Marc-Antoine Marson, poète de son état. Là où l’on s’attendrait à un appareil critique bienveillant, voire louangeur, Marson s’emploie à miner systématiquement l’auteur qu’il prétend servir. Son amitié proclamée s’avère être un étrange alibi : il multiplie les attaques, soulignant les « faiblesses évidentes et les grossières maladresses » de Pilaster, son absence de style, ses redondances et l'inutilité de ses écrits, allant jusqu'à conseiller de ne s'attarder que sur ses propres notes plutôt que sur le texte annoté. On devine que l’acharnement dissimule une histoire plus complexe qu’une simple rivalité entre écrivains.

Vous ne trouverez ni Pilaster ni Marson dans aucun dictionnaire des écrivains : Chevillard les a inventés de toutes pièces, jusqu'à leur prêter cette dispute posthume qui n'aura jamais lieu que dans cette fiction. Le procédé n'est pas neuf. On pense à Pierre Ménard chez Borges, ou encore, à ce Hugo Vernier que Perec faisait surgir dans Le Voyage d'hiver. Toutefois, Chevillard pousse l'astuce un peu plus loin : ici, l'appareil critique en vient à détruire l'œuvre qu'il est censé éclairer. Le lecteur ne sait plus trop à qui se fier, et la question posée en ouverture, loin d'être résolue, se déplace : ce n'est plus Pilaster qu'il faut juger, mais Marson.

Que j'aime, décidément, ces procédés qui font intervenir des apocryphes fictionnels dans une mise en abyme littéraire.

Plus souvent, beaucoup plus souvent comme un elfe dans un magasin de porcelets. [É.C.]
Sujet. Imaginer une biobibliographie d'écrivain à partir des quatre mots suivants : raie, mont, rousse, aile. [É.C.]

Il est mort serein. - On le serait à moins. [É.C.]

Quel est le sexe des angles? [É.C.]

Quand on passe sans interruption d'un livre à l'autre, il faut un moment pour que l'œil - dont la pupille doit alors se rétracter ou se dilater - et l'esprit s'accoutument aux phrases du second. Nous le lisons d'abord comme nous lisions celles du premier et l'illusion que nous avons changé ni de livre ni d'auteur, quelles que soient leurs différences, peut persister durant plusieurs pages. [É.C.]

La littérature de premier jet, c'est bien, à condition de viser la corbeille. [É.C.]

La rumeur qui monte des cours de récréation - ces sifflets, ces clameurs, ce cri perçant tout à coup - est la même partout depuis toujours, exactement, c'est la même bande-son qu'on diffuse, il faudra me prouver le contraire. [É.C.]
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18/03/2019

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Le désordre azerty

17/11/2021

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Oreille rouge

12/08/2025