En février 1974, je fis un voyage à Paris dans l'intention anachronique de devenir un écrivain des années 1920, style "génération perdue". [E.V.-M.]
Le protagoniste de ce roman est en quelque sorte un alter ego de Vila-Matas. Un écrivain donc, mais un écrivain en panne d'écriture. À travers ses déplacements, ses rencontres et ses conversations, l'auteur nous convie à un voyage au cœur de la littérature. Les références littéraires y sont omniprésentes, au point de susciter cette tentation familière : celle de lire et de lire encore. On y croise Borges, Adolfo Bioy Casares, Antonio Tabucchi, Herman Melville, Robert Walser, Kafka, Laurence Sterne et bien d'autres, parfois aussi fictifs que les citations qu'on leur prête.
Le moteur du récit n'est autre qu'une nouvelle de Julio Cortázar, La Porte condamnée, qui se déroule à l'hôtel Cervantès de Montevideo. Le narrateur tentera, dans la chambre 205 de cet hôtel, de vivre à son tour l'expérience insolite liée à cette porte. Mais n'est-elle pas avant tout celle qui mène à l'acte d'écrire, celle derrière laquelle se dérobe l'essence même de la fiction ou peut-être une représentation idéalisée de la littérature ?
Montevideo peut se lire comme une invitation à porter sur le réel un regard traversé par l'invention, à revisiter notre propre parcours en y laissant entrer la fiction. Ce périple littéraire, fait de détours, de digressions, de coïncidences et de fausses pistes, procure par son ambiguïté même ce plaisir particulier qui accompagne toute véritable exploration.
[...] il est impossible de réfréner la joie qui ce jour-là m'accompagne. En réalité, rien d'étonnant à cela puisque je dois ce bonheur à une traduction française du Tristam Shandy de Laurence Sterne, que j'ai enfin dans ma poche, un livre magique et qui, pour moi, après que j'ai surmonté toutes sortes d'épreuves, a toujours fait office d'amulette. Outre qu'il s'agit d'un roman infiniment divertissant, il m'a toujours procuré une force spirituelle étrange. [E.V.-M.]
Pendant des années, j'ai pratiqué une sorte de saudade secrète, une étrange nostalgie d'outre-mer, mélancolie d'un lieu que je n'avais pas connu, dont il ne m'était pas clair que je pourrais y faire un voyage un jour. Ce lieu, c'était Montevideo. [E.V.-M.]
Au cours de mes rencontres avec le jeune Desdini, je lui racontais un jour l'histoire des mathématiciens de Princeton, savants qui avaient pris leur retraite à quarante ans et passaient leur temps à lire La Divine Comédie. Et, un autre, je lui faisais découvrir l'existence de l'OuLiPo, l'association de science et littérature qui, parce qu'il ne la connaissait pas, l'avait fasciné. [E.M.-V.]
Je commençai à faire l'expérience d'une certaine résistance mais je me rendis compte que, résistant ou pas, je vivais pour écrire même si je n'écrivais pas. [E.V.-M.]
Montevideo était une ville mais aussi un état d'âme, une manière de vivre en paix en dehors du centre convulsif du monde, un rythme ancien aux pieds nus. [E.V.-M.]
[...] l'ambiguïté était devenue pour moi le trait le plus caractéristique du monde dans lequel nous sommes. [E.V.-M.]
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