mardi 19 novembre 2024

Roman de gare - Philibert Humm

Mon banquier ne parle que d'argent. [P.H.]

Philibert Humm, dont je n'avais encore lu aucun roman, se met en scène dans cette épopée qui débute par une discussion autour de ballons de muscadet. Pour briser le train-train, il annonce tout de go qu'il repart à l'aventure et ses comparses lui suggèrent de devenir hobo. Ce Roman de gare s'articule ainsi comme une revisitation des romans du rail américains, tel Les vagabonds du rail de London, et une transposition dans l'univers de la SNCF avec tout l'humour, l'ironie et le regard moqueur sur la société que cela suppose. Ainsi, c'est avec son pote Simon, qu'il amorcera son aventure en se dotant d'un baluchon et d'une naïveté désarmante. Son objectif ? Repérer un convoi de marchandises qui peut les accueillir clandestinement pour amorcer un parcours ferroviaire français digne d'une odyssée. C'est savoureux. Philibert Humm manie la plume avec allégresse et on ne se lasse pas de ses notes en bas de page loufoques et de ses remarques saugrenues. À lire entre deux arrêts livresques plus sérieux.

Ils n’étaient pas simplement libres ou anticonformistes. Ils étaient l’anticonformisme et la liberté. Des assoiffés d’azur, des poètes, des fous. [P.H.]

Nous décidâmes de longer la grille. Toute grille a sa brèche, comme tout verrou sa faiblesse, toute rivière son gué, toute montagne son col, tout Achille son talon et toute analogie ses limites. [P.H.]

Il n’y a pas d’homme plus courageux que celui qui sait s’arrêter après une cacahuète, dit le philosophe, et je ne suis pas cet homme. [P.H.]

lundi 4 novembre 2024

L'appareil-photo - Jean-Philippe Toussaint

C’est à peu près à la même époque de ma vie, vie calme où d’ordinaire rien n’advenait, que dans mon horizon immédiat coïncidèrent deux événements qui, pris séparément, ne présentaient guère d’intérêt, et qui, considérés ensemble, n’avaient malheureusement aucun rapport entre eux. [J.P.T.]

Selon ses propres termes, Jean-Philippe Toussaint s’engage dans une forme d’écriture qu'il qualifie de littérature infinitésimaliste. On trouve dans ses romans les deux extrêmes, de l'infiniment petit, de l'infraordinaire dirait Perec, du banal, des descriptions minutieuses d'actions insignifiantes dans un décor minimaliste; mais aussi, de l'infiniment grand par la réflexion que la lecture génère, par une écriture quasi philosophique posant un regard analytique sur la pensée, s'ouvrant sur la mélancolie du passage du temps, exprimant dans un langage presque poétique toute l'angoisse du moment. J'aime l'écriture de Jean-Philippe Toussaint, j'aime me laisser porter par ses élans volubiles dans des parcours se situant entre le réel et l'imaginaire sans savoir où cela me mènera. Je termine un roman de Toussaint en ayant le sentiment d'avoir réalisé un beau voyage.

[...] mieux vaut laisser la pensée vaquer en paix à ses sereines occupations et, faisant mine de s’en désintéresser, se laisser doucement bercer par son murmure pour tendre sans bruit vers la connaissance de ce qui est. [J.P.T.]

Car qu’est-ce que penser — si ce n’est à autre chose ? C’est le cours qui est beau, oui, c’est le cours, et son murmure qui chemine hors du boucan du monde.  [J.P.T.]

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