jeudi 3 avril 2025

La forme d'une ville change plus vite, hélas, que le cœur des humains - Jacques Roubaud

Paris (d'après Raymond Queneau)

Le Paris où nous marchons

N’est pas celui où nous marchâmes

Et nous avançons sans flamme

Vers celui que nous laisserons [J.R.]

Ce recueil de poèmes débute sur un hommage à Raymond Queneau, mais, en fait, la référence admirative faite à Queneau teinte l'ensemble de cette œuvre. Roubaud explore Paris à pied, en flânant dans ses rues et sur ses places, en scrutant des murs colorés, des carrefours tortueux, des arbres en fleurs, les portes d'une poissonnerie, des rails de tramway, un portail ouvert, un étalage de fruits, la terrasse d'un café. Et puis, Jacques Roubaud se permet un peu de sociologie en sillonnant la trame historique des rues de Paris et en considérant la curieuse répartition de la population citée par les noms des artères. Au détour d'une contrainte, il chante magnifiquement les rues et leurs habitants. 

Il y a trop longtemps que je n'ai vu Paris.

chez Claude […]

nous parlons

nous parlons de livres

des livres de ceci et de cela et de cela encore

des livres que nous avons lu, que nous avons relu, que nous pourrions lire, ne pas lire, lire encore

que j’aurais dû lire

que je devrais lire

car il y a beaucoup de livres

que je n’ai pas lus

qu’il a lus et que

je devrais lire

il a raison

(il est vrai qu’il a commencé

avant moi

et pour ce qui est de lire il n’est pas une tortue

mais moi je ne suis ni lièvre ni Achille

et même si je l’étais je ne le rattraperais pas comme l’a montré autrefois monsieur Zénon
«Zénon, crier Zénon», démon zélé!) [J.R.]

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26/03/2009