Encore heureux que ce soit Ramos et pas un autre médecin, avec lui il y a toujours eu comme un pacte. [J.C.]
Je me suis engagé dans la lecture d’Octaèdre en espérant beaucoup. Amateur de nouvelles, et déjà séduit par l’inventivité de Cronopes et fameux, j’espérais retrouver chez Cortázar cette liberté de ton, cette fantaisie presque musicale. Le recueil m’a surpris autrement. Huit nouvelles, comme les huit faces du solide platonicien, chacune orientée différemment dans l’espace littéraire : huit voix, huit climats, huit manières d’habiter le réel. Cette diversité m’a d’abord déstabilisé. La voix de Cortázar semble se réinventer d’un texte à l’autre, au point que j’ai parfois eu l’impression de lire huit auteurs distincts.
Pourtant, un fil secret relie ces récits. On y retrouve ce qui semble faire la marque cortazarienne : l’irruption du fantastique au cœur du quotidien, la capacité de transfigurer un détail concret en événement poétique, l’attention portée à l’insolite caché sous le geste le plus banal.
Un plan du métro de Paris enserre dans son squelette mondrianesque, dans ses branches rouges, jaunes, bleues et noires, une surface vaste mais limitée de tentacules étendus [...]. [J.C.]
Cette image du plan du métro transmuté en organisme vivant, un arbre aux pseudopodes colorés parcouru de flux humains qui se croisent et se perdent, illustre la façon qu'a Cortázar d'observer le monde et de le cartographier en révélant les forces secrètes qui l'animent.
Octaèdre est donc un livre multiple, parfois déroutant, mais qui trouve sa cohérence dans sa manière de faire vibrer le réel. Chaque nouvelle constitue un axe d’un même projet: celui d’un écrivain qui cherche, par le détour du fantastique, à saisir l’étrangeté du monde et la beauté des instants où quelque chose bascule.




