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samedi 18 juillet 2026

Mon nom est personne - Matthieu Mégevand

Depuis qu'il était homme et arpentait seul les coteaux, son large chapeau de feutre noir, sa petite pipe en bruyère, son pas lent et monotone, on racontait toutes sortes de choses sur Alberto Caeiro. [M.M.]

Dès les premières pages, Alberto Caeiro apparaît comme une présence assumée. C'est tout le pari de Matthieu Mégevand dans Mon nom est personne : faire exister les hétéronymes de Fernando Pessoa comme s'ils avaient véritablement vécu.

Le nom même de Pessoa invite à ce jeu. En portugais, pessoa signifie simplement « personne ». On sait à quel point l'écrivain portugais a éclaté son œuvre dans une constellation de voix distinctes, chacune dotée d'un tempérament, d'une biographie et d'une manière d'écrire qui lui sont propres. Avec Mon nom est personne, Mégevand ne nous offre pas une biographie romancée de Pessoa. Il choisit plutôt de suivre trois de ses principaux hétéronymes : Alberto Caeiro, le berger-poète ; Ricardo Reis, le médecin stoïcien ; Álvaro de Campos, l'ingénieur exalté et voyageur. Renversant le mouvement biographique habituel, il part de l'œuvre pour remonter vers des vies imaginaires. Les lieux, les événements, le contexte historique et culturel relèvent de la plus stricte vraisemblance ; seuls les personnages demeurent fictifs, nés de l'imagination d'un autre écrivain.

Je ne peux cependant aborder ce roman sans repenser à ma lecture récente de Je sommes plusieurs de Pierre Bayard. L'essayiste y avance une hypothèse stimulante : et si les hétéronymes de Pessoa n'étaient pas de simples masques littéraires, mais de véritables personnes cohabitant au sein d'un même être multiple? Là où Bayard interroge théoriquement la pluralité du sujet, Mégevand choisit de la mettre en scène. 

Si Bayard se demande qui parle sous le nom de Pessoa, le romancier, lui, laisse parler Caeiro, Reis et Campos. Il leur offre un destin, des rencontres, une histoire de vie. Ils cessent d'être des signatures au bas des poèmes pour devenir des existences à part entière. Les deux livres, lus à peu de distance, m'ont laissé une même impression : que la lecture ne nous rend jamais tout à fait un. 

Ce qu'il faut, c'est que nous ayons le courage de tout vivre, de tout prendre, de tout ingurgiter. Et pas seulement le monde extérieur, ou même le bouillonnement de notre for intérieur. Ce qu'il faut, c'est pouvoir être tout, et tout le monde. Quitte à n'être soi-même plus personne. [M.M.] 

Cette phrase me semble résumer tout le projet du roman. Être tout le monde, accueillir en soi des existences étrangères, devenir plusieurs sans jamais parvenir à se fixer : voilà peut-être l'une des vocations de la littérature. Pessoa l'avait poussée jusqu'à l'invention d'auteurs entiers ; Mégevand prolonge son geste. 

Et puis, tous les écrivains sont des menteurs. Il ne faut surtout pas croire ni ce qu'ils enfantent, ni ce que, a posteriori, ils reconstruisent. Pas plus que la vie, les élans créatifs ne s’appréhendent rétrospectivement. [M.M.] 

Mon nom est personne ne cherche pas à nous dire qui fut Fernando Pessoa ; il nous invite plutôt à imaginer qui il aurait pu être. 

Ce roman m'a rappelé combien certaines lectures semblent se répondre entre elles. Tout comme Bayard, Borges ou Vila-Matas, Mégevand m'invite à penser mon identité de lecteur comme la somme provisoire de mes rencontres littéraires.

dimanche 28 juin 2026

Échafaudages, squelettes et patrons de couturière : essai sur la littérature à contraintes au Québec - Dominique Raymond

Qui a dit : «Parfois j'opte pour des contraintes. Travailler avec des contraintes, c'est comme se baigner dans la mer au lieu de se baigner dans la piscine : la contrainte ouvre un espace, dans l'immensité de la langue, et nous force à trouver notre point d'ancrage, notre focus.»? Raymond Queneau? Georges Perec? Le dernier membre coopté de l'Ouvroir de littérature potentielle (Oulipo)? Que nenni. Il s'agit de l'autrice québécoise Nicole Brossard. [D.R.]

J'étais curieux de voir comment pouvait être traitée par une approche analytique la présence de la littérature à contraintes au Québec. J'étais bien conscient que celle-ci existait; j'en avais perçu les éclats, ici et là, au fil de mes lectures. Cependant, j'ai été surpris de la diversité des formes que cela a pu prendre dans l'évolution de la littérature québécoise, surpris de la présence marquée de ces écrits contraints, surpris que l'écriture à contraintes au Québec puisse avoir été décelée aussi tôt qu'au début du XXe siècle. En effet, dans les années 1910-1920, un mouvement s'amorce en réaction aux régionalistes, partisans d'une littérature nationale ancrée dans la tradition, la religion et le conformisme. Cette opposition est formée de celles et ceux qui ont été appelés les exotiques parce qu'ils font la promotion de l'ailleurs, de l'art sans frontières et qu'ils cherchent à éveiller la curiosité des lecteurs et à leur ouvrir de nouveaux univers. Ces exotiques seront regroupés notamment autour d'une revue sur les arts, Le Nigog. On y trouve des articles d'analyse, mais aussi des créations faisant place au formalisme, au sonnet et au pastiche. On pourrait presque les qualifier de plagiaires par anticipation, selon le concept élaboré par les oulipiens. 

Ce qui frappe dans l’essai de Dominique Raymond, c’est qu’elle ne cherche pas à organiser tout cela selon une progression linéaire. Au contraire : elle se méfie de la chronologie. L’objet même de son essai, la littérature à contraintes, résiste à cette mise en ordre. On y trouve trop de discontinuités, trop de surgissements isolés, trop de liens fragiles.

D’où ce choix d’une approche qui observe le phénomène en lui-même en des moments précis, sans rechercher systématiquement à en tracer l'évolution ou l'origine. Plutôt que de narrer une trajectoire, l'autrice cartographie; elle isole des « points d’ancrage », des zones où quelque chose se produit : la ’Pataphysique, le formalisme, la machine. Trois régimes, trois manières de penser et de pratiquer l’écriture, la lecture, l’édition. Trois façons, aussi, de rendre visible ce qui, autrement, risquerait de demeurer diffus, presque imperceptible.

La lecture d'Échafaudages, squelettes et patrons de couturière modifiera peut-être la façon dont j'aborde la littérature québécoise. Cela aura permis de rendre perceptible ce qui, jusque-là, restait en marge ou passait inaperçu. Cela m'a ainsi ouvert tout un pan que je ne soupçonnais pas au sein du corpus littéraire québécois.

Un éminent professeur à qui j'expliquais la recherche que j'entamais m'a dit, sur un ton sans appel: «Il n'y a rien. Vous perdez votre temps. La littérature à contraintes n'existe pas au Québec.» Au moment d'écrire ces lignes, je crois pouvoir modestement affirmer qu'il avait tort. [D.R.]

 

lundi 13 avril 2026

Je sommes plusieurs - Pierre Bayard

Chacun sait que la lecture d'un livre peut modifier sa vie, voire celle d'un grand nombre de personnes. [P.B.]

Je suis un lecteur assidu de Pierre Bayard, ce psychanalyste qui enseigne la littérature et aborde les œuvres de façon toujours singulière. Bayard relit, déplace, déplie : il réinterprète les textes, les fait revivre selon d’autres critères, y cherche ce qu’aucun autre n’y avait songé, les projette dans un autre temps ou en imagine une fin alternative. Ses essais sont autant de relectures que d’expériences de pensée, où la littérature devient un terrain de jeu intellectuel sans cesse recommencé.

Mais Pierre Bayard est-il vraiment ce « je » qui parle dans ses essais ? Peut-on supposer que l’auteur et le narrateur soient une seule et même personne dans l’ensemble de sa bibliographie ? Le titre même de cet ouvrage, Je sommes plusieurs, semble nous inviter à en douter. Le « je » de Bayard — comme celui de l’auteur, du narrateur, du lecteur — serait d’emblée pluriel.

Dans ce livre, Bayard propose de substituer au Moi freudien, conçu comme une instance unique traversée de conflits, la théorie des personnalités multiples. Il ne s’agit plus d’un moi divisé, mais de plusieurs moi coexistant, parfois sans se connaître. Cette hypothèse lui permet de relire certaines œuvres et certaines figures d’auteurs comme l’expression de personnes distinctes habitant un même individu. De L'Étrange Cas du docteur Jekyll et de mister Hyde de Stevenson à Ajar/Gary, de la filmographie éclatée de Clint Eastwood à l'autrice d'Histoire d'O, Bayard déploie son modèle dans plusieurs sphères. Fernando Pessoa s’impose également comme une référence incontournable : ses hétéronymes, dotés de leur style, de leur biographie et de leur vision du monde, ne seraient pas des masques, mais de véritables sujets, chacun porteur de son œuvre propre.

Bayard est toujours surprenant dans sa manière d’aborder la littérature ; il l’est encore ici. Il en vient même à avancer que la vie en société serait plus simple, peut-être plus apaisée, si chacun acceptait les personnalités qu’il abrite, en les nommant, en leur laissant une place, en leur permettant de dialoguer entre elles plutôt que de prétendre à une unité factice.

Étonné, je l’ai été, une fois de plus. Mais je dois aussi reconnaître que je n’ai pas éprouvé autant de plaisir à cette lecture qu’à celle d’autres opus de Bayard. Peut-être parce que l’hypothèse déplace moins radicalement le regard porté sur les œuvres que ne le faisaient certaines de ses « fictions théoriques » précédentes. Voilà donc une lecture qui questionne davantage qu’elle n’enchante, et qui, peut-être, nous laisse avec cette impression persistante que, même lorsque nous lisons seuls, nous ne sommes jamais tout à fait un.

[...] ce que [Freud] appelle l'«inquiétante étrangeté», [est] un sentiment déstabilisant qui surgit en nous quand quelque chose de familier devient soudainement inquiétant. [P.B.] 

Un ouvrage consacré aux personnalités multiples ne pouvait faire l'impasse sur l'auteur le plus connu parmi tous ceux qui ont parlé de cette question, et ce au point de finir par en devenir l'incarnation, l'écrivain portugais Fernando Pessoa. [P.B.]

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mardi 3 février 2026

Perec, l'œuvre-monde, Cahiers Georges Perec no 14 - Raoul Delemazure et al.

Écrivain polygraphe, artiste multidimensionnel, auteur «intertextualiste», homme curieux de tout ou presque, membre d'un «groupe-monde», l'Oulipo, Perec dispose effectivement dans son œuvre les germes d'un devenir élargi, le pré-forme aux relais de toutes sortes tout comme il le constitue en relais polymorphe. [R.Delemazure]

J’ai savouré cette lecture pendant un long moment. J’ai étalé ma plongée dans ce volume des Cahiers Georges Perec sur plusieurs mois, laissant chaque article infuser avant de poursuivre. C'est une lecture exigeante, certes, mais combien agréable pour un amateur tel que moi. L’ensemble explore les influences littéraires de Perec, les diverses formes d’intertextualité qui traversent son œuvre, ainsi que les échos qu’elle suscite dans le monde, le monde des auteurs qu’il cite, imite ou convoque, mais aussi celui de celles et ceux, aux quatre coins du globe, qui ont trouvé dans son écriture une inspiration, une étincelle ou un déclencheur — consciemment ou non, postérieurement ou antérieurement à ladite œuvre.

Ce numéro s’inscrit pleinement dans une perspective comparatiste, attentive à la réception internationale de Perec, à son rayonnement, à son influence et à sa postérité dans la littérature transnationale. C’est une belle manière de revisiter des lectures qui m’avaient déjà transporté, en les éclairant par de nouvelles pistes, des approches de littérature comparée et des références à des écrivains du monde entier.

On découvre d’abord les influences de la littérature mondiale dans l’œuvre de Perec : les emprunts, les citations, les jeux d’écriture, le voyage de Bartlebooth, l’« englès » perecquien, l’aventure yougoslave, ou encore la présence du Japon dans La Vie mode d’emploi. On lit avec joie les rapports qu’a établis Perec avec des écrivains étrangers — Sterne, Joyce, Kafka, Stevo, Bioy Casares ou, bien sûr, Calvino.

Avec autant de plaisir, on se laisse ensuite entraîner vers les filiations perecquiennes dans la littérature mondiale : Auster, Murakami, Cortázar et la tradition argentine, ou encore les résonances de Perec dans la littérature québécoise. Bien que les liens de parenté ne soient pas toujours manifestes, ce catalogue abondant m’a offert un vaste horizon de lectures à explorer.

Ma pile de livres à lire s’en est trouvée enrichie… d’une manière presque déraisonnable.

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mardi 1 juillet 2025

Une malle pleine de gens - Antonio Tabucchi

Il y a d'emblée quelque chose d'excessif dans la biographie de ce Portugais qui risque de devenir au fil des ans l'un des poètes majeurs du XXe siècle: quelque chose de trop excessif pour ne pas éveiller de soupçons, ou même alarmer celui qui se lance sur ses traces. [A.T.]

Antonio Tabucchi nous ouvre la porte de l’univers de Fernando Pessoa et de ses multiples hétéronymes. Ce recueil rassemble plusieurs essais sur ce sujet complexe et captivant. On a ainsi droit à une incursion dans le labyrinthe des diverses identités créées et endossées par Pessoa au fil de ses productions selon les diverses écritures qu'il adopte lorsqu'il personnifie l'un ou l'autre de ses hétéronymes. Il est parfois Alberto Caeiro da Silva, son maître et celui d'Alvaro de Campos, poète solitaire et discret. Parfois, il s'insère dans la peau d'Alvaro de Campos, ingénieur naval et poète dandy à la pointe de l'avant-garde. Il peut aussi incarner Ricardo Reis qui a vécu au Brésil et était à la fois médecin et un poète au classicisme revendiqué. Il devient parfois Bernardo Soares, son hétéronyme le plus proche, aide-comptable en la ville de Lisbonne, qui a livré l'incomparable Livre de l'intranquillité. Pessoa se glisse dans la nature de plein de gens qui ont chacun leur histoire, chacun leur parcours, chacun leur production, parfois minime, parfois exceptionnelle. Et les membres de cette tribu, qui vivent dans l'imaginaire foisonnant de Pessoa, entretiennent occasionnellement des échanges épistolaires, commentant l'un, s'interposant aux opinions de l'autre ou intervenant même dans la vie de leur géniteur. Grâce à Tabucchi, traducteur et spécialiste de l'œuvre de Pessoa, nous avons accès à une meilleure compréhension de la création polymorphe de ce dernier.

Dès mon enfance, en effet, j’ai eu tendance à m’environner d’un monde fictif, à m’entourer d’amis et de connaissances qui n’ont jamais existé. […] Depuis l’époque où je me connais pour celui que j’appelle moi, je me rappelle avoir toujours dessiné mentalement, leur donnant silhouette, mouvement, caractère et histoire, un certain nombre de personnages irréels qui étaient, pour moi, aussi visibles et aussi miens que les objets de ce que l’on appelle, abusivement peut-être, la vie réelle. [Lettre à Adolfo Casais Monteiro sur la genèse des hétéronymes, Fernando Pessoa]

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lundi 17 mars 2025

Mauvaises méthodes pour bonnes lectures - Eduardo Berti

Commencez à lire un livre. Avant d'arriver à la moitié (à la page 130, par exemple), perdez-le. Trouvez-en un autre. Faites comme si c'était le même livre, allez à la page 130 et lisez de là jusqu'à la fin. Vous devrez peut-être faire un certain nombre d'adaptations : comprendre que Marie s'appelle maintenant Tania, que la ville rurale du Texas est maintenant un quartier de Novossibirsk, que monsieur Wilkinson n'a plus de poulets parce que Mme Ivanov et les deux chèvres de Mme Ivanov ont largement pris leur place. Des situations de ce genre. Dites-vous que c'est à ça que servent les bons lecteurs. [E.B.]

D'Eduardo Berti, j'avais lu Un père étranger et cela avait suffi pour que je veuille à nouveau croiser son œuvre, d'autant plus que j'avais alors appris que, depuis 2014, il avait rejoint la bande des oulipiens. Mauvaises méthodes pour bonnes lectures s'inscrit tout à fait dans cet esprit de potentialités des lectures, dans un projet d'éclatement des méthodes traditionnelles de lectures pour s'engager allègrement dans un univers ludique qui donne à la lecture un nouveau vernis, une série d'ouvertures vers le jeu, vers l'amusement, le sourire et même le rire en parcourant les pages d'un ou plusieurs livres. Dans son Argentine natale, où sa formation scolaire s'est réalisée sous la dictature, le livre et son contenu devenaient un objet sérieux et dangereux. Dans cet esprit, imaginer une série de méthodes pour jouer avec le livre et la lecture constitue un pas vers la libération. Les détournements que propose Eduardo Berti dans cet opuscule sont autant de voies vers le loufoque, le farfelu et le déconcertant, mais cela nous pousse dans des tranchées où la réflexion sur notre pratique de la lecture devient incontournable. J'ai adoré m'aventurer ainsi avec Berti dans cet espace de lecture créative.

Un hapax est un mot qui n'apparaît qu'une seule fois dans un livre spécifique, soit dans l'ensemble de l'œuvre d'un auteur. [E.B.] 

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Un père étranger

01/12/2021


mercredi 8 novembre 2023

Le plagiat par anticipation - Pierre Bayard

Le plagiat est aussi ancien que la littérature, à laquelle il rend indirectement hommage. [P.B.]

À chaque fois que j'aborde une nouvelle œuvre critique de Pierre Bayard, je redécouvre tout ce que le plaisir de la lecture me fait vivre et comment comme lecteur, avec mon histoire de livres lus, de livres connus ou même de livres que je n'ai pas lus, mais dont je peux parler, je teinte le livre que je lis, contribue à l'image que je m'en fais et collabore ainsi à sa création. C'est en 2009 que Bayard publie Le plagiat par anticipation. Il ne s'en cache pas, il n'est pas le créateur de ce concept déjà largement débattu par l'Ouvroir de littérature potentielle (l'Oulipo). En effet, les membres de ce groupe de chercheurs littéraires ont souventes fois reconnu dans des œuvres du passé des contraintes d'écriture qu'ils venaient pourtant de cerner. C'est dans ce cadre qu'ils mettent en lumière dans le passé quelques plagiaires par anticipation d'œuvres plus récentes. 

Bayard précise ici la définition du plagiat par anticipation en lui réattribuant l'intentionnalité comme élément essentiel et en en faisant ainsi le double symétrique du plagiat classique. C'est dans cet ordre d'idée que Bayard peut prétendre retrouver quelque chose de Conan Doyle chez Voltaire, particulièrement dans son conte philosophique Zadig ou la destinée. On prend plaisir à découvrir ainsi quelques plagiaires de renom puisant dans l'histoire littéraire qui les suit des idées, des thèmes, des styles qu'ils insèrent dans leurs travaux écrits. On sent tout l'humour ironique de Bayard poindre dans cet essai qui prône pour une nouvelle façon de concevoir l'histoire littéraire qui se transposterait également dans le domaine des arts.

Pierre Bayard m'a encore une fois passionné par sa fiction théorique.

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